jc
01/03/2026
Martin Kovac :
» Le néoplatonisme enseigne qu'il existe un médiateur entre l'Esprit pur (‘Noos’) et la Matière lourde (‘Hylé’) : l'‘Anima Mundi’. C'est un champ vivifiant qui imprègne tout. Pour l'homme moderne, dont la perception s'est sclérosée, ce médiateur est toutefois inaccessible. Pour pouvoir revenir à l'Unité (‘Epistrophé’), nous devons d'abord abandonner la Matière. »
Pour René Thom (qui reste platonicien malgré son admiration pour Aristote) :
- "La synthèse ainsi entrevue des pensées "vitaliste" et "mécaniste" en Biologie n'ira pas sans un profond remaniement de nos conceptions du monde inanimé." ((Début de la conclusion de "Une théorie dynamique de la morphogenèse" (1966) )
- "(...) on pourrait rapporter tous les phénomènes vitaux à la manifestation d'un être géométrique qu'on appellerait le champ vital (tout comme le champ gravitationnel ou le champ électromagnétique) ; les êtres vivants seraient les particules ou les singularités structurellement stables de ce champ ; les phénomènes de symbiose, de prédation, de parasitisme, de sexualité seraient autant de formes d'interaction, de couplage entre ces particules… La nature ultime dudit champ, savoir s'il peut s'expliquer en fonction des champs connus de la matière inerte, est une question proprement métaphysique ; seule importe au départ la description géométrique du champ, et la détermination de ses propriétés formelles, de ses lois d'évolution ensuite."
- "D'un être — ou objet — on distingue classiquement son existence, son Dasein, le fait que l'être occupe une certaine portion d'espace-temps, et son essence, c'est-à-dire la totalité de ses aspects, de ses qualités. L'attitude matérialiste, traditionnelle en Science, consiste à dire que l'existence précède l'essence (en fait, l'existence implique l'essence) ; le modèle de la théorie des catastrophes en Morphogenèse va à l'encontre de cet axiome, car il présuppose que, dans une certaine mesure, l'existence est déterminée par l'essence, l'ensemble des qualités de l'être. On peut y voir une résurgence du schème aristotélicien de l'hylémorphisme : la matière aspirant à la forme." ;
- "Car le modèle de la théorie des catastrophes offre une réalisation mathématique du schème hylémorphique d'Aristote. La « forme », définie comme la singularité algébrique d'un potentiel (c'est l'« essence » du processus) se déploie sur la matière, qui va subir les catastrophes préinscrites dans le déploiement de la singularité. Un tel schéma assure la transition entre le « logique » et le « morphologique » entre eidos et morphè.".
Mon commentaire : PhG a bien raison de distinguer (depuis longtemps) Matière et matière (distinction que René Guénon ne fait pas lorsqu'il assimile les deux au Mal).
-
jc
01/03/2026
de la parabole, qui voit, mais ne peut progresser sûrement."
[ Pour Thom "c'est dans l'intuition que réside l'ultima ratio de notre foi en la vérité d'un théorème -un théorème étant avant tout, selon une étymologie aujourd'hui bien oubliée, l'objet d'une vision." ]
Ni Ando
01/03/2026
"La guerre ou la paix ne sont plus maintenant des œuvres humaines, voulues par l’homme, mais deux aspects de la même fatalité qui entraîne vers d’autres catastrophes une humanité qui ne veut plus ni le mal ni le bien, ni la vie ni la mort, et dont le rêve inavouable, inavoué, serait qu’on inventât pour elle des machines qui la dispensent de penser, de vouloir, de prévoir…".
Georges Bernanos. « La civilisation contre l’homme » 1943.
jc
01/03/2026
Je suis frappé par l'analogie entre le titre "Être dans le monde mais pas du monde" précisé par "On trouve ci-dessous la description parabolique d’une façon de préserver les âmes et de les conduire à la rencontre de l’Esprit, en en appelant aux néoplatoniciens." d'une part,
et "La théorie des catastrophes est une théorie mathématique mais ce n'est pas une théorie de la mathématique", citation thomienne précisée par "Dans sa confiance en l'existence d'un univers idéal [platonicien], le mathématicien ne s'inquiétera pas outre mesure des limites des procédés formels, il pourra oublier le problème de la non-contradiction." d'autre part.
[ Conséquence de cette position métaphysique : les matheux ont tourné le dos à Thom (car abandon du principe de non-contradiction signifie abandon de démonstrations), mais ce n'a pas rapproché Thom des philosophes :
"Si l'on veut comprendre l'auteur il faut rentrer dans son monde. (...) Dans ma propre écriture, je mêle de manière indissoluble la pensée verbale et l'idéalité mathématique. Ce style mixte irrite le mathématicien professionnel, habitué à traiter mathématiquement l'être mathématique; et déconcerte le non-géomètre à qui la face mathématique de ma pensée échappe irrémédiablement. mais je vis de ce contact, et si ma pensée a quelque valeur, c'est de cette symbiose qu'elle la tire. La pensée purement mathématique est aveugle, mais capable de marcher, et même fort loin. La pensée intuitive, au contact du réel, est le par
[ Je rapelle également à ce propos que, pour Thom, l'assertion de nature translogique "Le prédateur affamé est sa propre proie" est à la base de l'embryologie animale, assertion que je suis tenté de transposer par analogie biologie/sociologie en "Le capitaliste affamé est sa propre proie" est à la base de l'embryologie sociale".]
jc
27/02/2026
Papelcrema : " Quel type d'être humain le libéralisme avancé produit-il réellement et quelles sont, à votre avis, les conséquences spirituelles, culturelles et politiques de l'absolutisation de ce «moi» déraciné de toute tradition, appartenance et destin commun? "
Carlos X. Blanco : " Un simple animal sans âme. "
Étymologiquement un animal a une âme. Pour moi le libéralisme avancé produit des animaux sauvages comme Donald Trump et Margaret Thatcher, pour qui la société est réduite à sa plus simple expression, à savoir la cellule familiale nucléaire (au mieux pour Trump…) (1). Il existe des sociétés animales très bien organisées (fourmis, abeilles…)
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Carlos X. Blanco : " Tradere signifie « transmettre ». Personne ne veut recevoir du passé des bric-à-brac cassés, des cadavres embaumés, les vestiges d'anciennes splendeurs. On transmet ce qui est vivant, on le chérit et on en prend soin, on le transmet et on le confie aux nouvelles générations afin qu'elles en prennent soin et en amplifient la lumière." :
Thom écrit ceci à propos du rôle de la tradition dans le développement biologique : "Il subsiste toujours à l'intérieur de l'animal une lignée de cellules totipotentes, la lignée germinale, qui aboutira à la formation des cellules reproductrices (gamètes) dans l'individu adulte. ".
Puisque pour Thom ce sont les mêmes dynamiques qui fondamentalement, régissent les évolutions des individus et des sociétés d'une même espèce (et, pour moi, l'évolution sociale est plus tardive que l'évolution individuelle, pérenne pour les abeilles mais actuellement encore loin de l'être pour les humains), on peut y entrevoir le rôle que doit jouer la tradition dans cette évolution.
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Carlos X. Blanco : Être traditionaliste, aujourd'hui, signifie être révolutionnaire. (...) "Nous voulons des sociétés gouvernées selon le principe de la justice sociale, nous voulons un continent qui conserve ses racines, qui puisse se défendre, dont les États redeviennent souverains et où l'humanisme règne sur nos pays et nos cultures, loin des immondes théories bourgeoises."
Je ne connais pas l'histoire espagnole. En France, notre grande révolution n'est pas complète de mon point de vue, car l'ordre ancien (clergé et noblesse) étant actuellement remplacé par l'immonde ( je reprends les termes de Blanco) ordre nihiliste bourgeois, l'ordre à venir étant inscrit dans le titre I (de la souveraineté) des constitutions des IVème et Vème Républiques :
"Le principe est le gouvernement du peuple, pour le peuple et par le peuple" (IVème) et "Le principe est le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple" (Vème).
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Carlos X. Blanco : " Cela ne pourra se faire que dans un Imperium. Un organe suprême d'autorité conciliatrice, et une autosuffisance militaire, nucléaire et énergétique, voilà ce qu'est l'Imperium. "
Napoléon 1er, premier empereur bourgeois. L'empereur qui découle des constitutions ci-dessus est le peuple lui-même et ne peut être autre que lui, il y a donc un progrès de principe. Mais, hélas, seulement de principe, car le titre II de ces constitutions montre clairement que leurs rédacteurs ne veulent pas de la souveraineté du peuple en s'empressent de lui imposer un souverain ( le président de la Vème élu au suffrage universel ) assorti de contraintes qui annulent pratiquement la volonté populaire ( aucun référendum n'est obligatoire pendant les cinq ans d'une législature ). Exit le "Vox populi, vox Dei" (2) et vive la dictature totalitaire.
[ Pour René Thom, lamarckien, il y a action du soma sur le germen (et donc, par analogie licite pour lui, action du peuple sur l'élite). Bien entendu la doxa actuelle impose le struggle for life individuel et le néo-darwinisme (qui refuse toute action du soma sur le germen -barrière de Weismann-. alors que Darwin, lamarckien sur ce point, l'accepte. ]
J'interprète l' "autorité conciliatrice" de Blanco comme une autorité spirituelle distincte du pouvoir temporel. Je vois le peuple élire "bottom-up" ses clercs -ses panoramix (3)- par communes nucléaires (2.500 citoyens environ) puis par strates successives (cantons, départements, régions), les clercs d'un étage élisant ceux de l'étage supérieur.
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Carlos X. Blanco : "L'objectif immédiat (...) est d'écraser l'hydre capitaliste (...) pour ramener la vie humaine dans son lit initial. (...) Une gauche anti-woke (comme le parti Soberania y Trabajo - Souveraineté et Travail), clairement anti-américaine, émerge timidement. On voit également apparaître, de manière minoritaire, un populisme de droite illibéral… et d'autres courants qui voient le jour. À long terme, ils devront converger: nous voulons des sociétés gouvernées selon le principe de la justice sociale, nous voulons un continent qui conserve ses racines, qui puisse se défendre, dont les États redeviennent souverains et où l'humanisme règne sur nos pays et nos cultures, loin des immondes théories bourgeoises."
Réunir le peuple de gauche ( Blanco cite le parti de Sahra Wagenknecht en Allemagne -pour moi l'internationaliste LFI et ses robespierrots (!) ont complètement raté le coche (4)- ) et le peuple de droite (en France je ne vois rien venir de ce côté-là), pour en faire un seul peuple uni. Bien entendu "nos" dirigeants font tout ce qu'ils peuvent pour préserver le statu quo.
( Peut-être à suivre…)
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(1) " There is no such thing as society. There are individual men and women, and there are families "
(2) « Ce n’est pas sans raison qu’on dit que la voix du peuple est la voix de Dieu. On voit l’opinion publique pronostiquer les événements d’une manière si merveilleuse, qu’on dirait que le peuple est doué de la faculté occulte de prévoir et les biens et les maux. » (Machiavel)
(3) " Goscinny a tout compris." (Nicolas Bonnal)
(4) Voir ce qu'en dit Frédéric Lordon dans https://blog.mondediplo.net/boulevard-de-la-souverainete
laodan dandan
27/02/2026
Dans la nature, un pathogène est un agent qui provoque une maladie chez son hôte. Un parasite, en revanche, coexiste avec son hôte dans une relation d'exploitation mutuelle qui maintient une forme d'équilibre. Un pathogène est un envahisseur déstabilisateur, provoquant une maladie grave qui conduit finalement à la mort de son hôte.
À l'heure actuelle, l'agent responsable des maladies de l'humanité est l'esprit lui-même — non pas sa capacité inhérente, mais son système d'exploitation dominant et incontesté. Il s'agit d'un système spécifique et déséquilibré de logique sociétale qui est devenu pathogène. Cette logique installe dans notre esprit des systèmes de croyances et des visions du monde qui encadrent notre perception de la réalité tout en la détruisant activement.
La crise de notre époque n'est pas due à une pénurie de ressources, ni à un échec politique, ni à un manque de technologie. Elle résulte d'un échec de la logique sociétale de la Modernité Occidentale. Le système d'exploitation de la modernité occidentale – atomistique, réductionniste, fragmenté – s'est révélé brillant pour conquérir la nature, mais il s'avère fatal pour naviguer dans la complexité de la vie ou favoriser une évolution consciente de nos sociétés. C'est une logique de séparation dans un univers de connexion.
Les systèmes formels de logique ne sont pas des outils neutres ; ils fixent une vision métaphysique qui impose une ontologie particulière dans l'esprit des individus, et en tant que tels, ils constituent des infrastructures cognitives qui façonnent ce qui peut être pensé, dit et fait dans nos sociétés. Mais pourtant me direz-vous, nous ne manquons pas d'alternatives. La sagesse holistique a toujours été là : dans la perception animiste, dans le flux taoïste, dans la mémoire vivante des Kogis et dans la continuité de la civilisation chinoise.
Ce qui manque en réalité, ce n'est pas la perspicacité, mais la rigueur formelle nécessaire pour la rendre opérationnelle dans les domaines où réside le pouvoir : dans son code culturel, dans ses modèles sociétaux, dans ses institutions, et aujourd'hui dans ses algorithmes.
Pour guérir un système pathogène, nous devons le rencontrer sur son propre terrain : celui de la rigueur formelle. La logique atomistique domine, non pas parce qu'elle est vraie, mais parce qu'elle est calculable, vérifiable et intégrable dans tout, des algorithmes aux institutions. En revanche, la vision holistique est restée jusqu'à présent intuitive, narrative, marginalisée, dépourvue d'une grammaire suffisamment précise pour remettre en cause l'hégémonie de la séparation et de la rupture.
Je vous invite à lire The Pathogenic Mind ; un manuel qui identifie le pathogène, conduisant à l’effondrement sociétal Occidental. Il retrace la chaîne d'infection, depuis les premiers symptômes jusqu'à la convergence actuelle de multiples crises interdépendantes. Il décrit les mécanismes par lesquels le pathogène se reproduit dans le corps de son hôte. Et il propose un antidote.
Le pathogène est le système de logique atomiste né de la collaboration entre les hommes de force, et les hommes de connaissance religieuse, à l'aube de l'archetype societal du pouvoir. Codifiée par les Grecs, imposée par l'Empire romain, adoptée et diffusée par les Francs en association avec la papauté, puis mondialisée par la modernité occidentale, cette logique est désormais si profondément ancrée dans l'esprit des citoyens des pays participant à la modernité occidentale qu'ils ne peuvent plus percevoir la chaîne causale qui relie leurs croyances, leurs actions, et leurs comportements quotidiens à la convergence actuelle de multiple crises interagissantes (la GrandeCrise chère a Mr. PhG).
L'antidote est le système sociétal de logique qui fut rejeté il y a 10,000 ans à Göbekli Tepe. Il s'agit d'une logique, non pas de rupture et de conquête, mais d'interconnexion et d'harmonie continues. C'est la logique de l'ordre cosmique qui est une logique holistique.
La logique véhiculée par la Modernité Occidentale, au contraire, a rompu avec l'ordre cosmique et la primauté des dimensions physiques et biologiques de notre univers. Cette rupture a favorisé un paradigme de connaissance qui encadre la réalité dans une vision dualiste, matérialiste et atomiste du monde, un paradigme qui croit au pouvoir de la rationalité technique pour vaincre la nature !
jc
26/02/2026
Gouvernance technocrotique -et non technocratique- (1) (et aussi
cuirassé -et non cuirassier-).
(1) " L'invasion du cérébral par le génétique, qui est à l'origine de la pensée (si justement nommée conceptuelle), est un autre aspect de l'analogie relevée par Bergson entre organe et outil.
(...)
Dès qu'un mot est utilisé fréquemment avec une signification différente de sa signification initiale, il en résulte une tension sur certaines parois de la figure de régulation du concept, tension qui pourrait fort bien la briser ; le concept alors se défend en suscitant la naissance d'un mot nouveau qui canalise cette nouvelle signification. La formation de néologismes est ainsi une illustration -difficilement réfutable- du principe lamarckien : la fonction crée l'organe. Elle illustre aussi l'accélération énorme des processus évolutifs qu'a opéré le transfert du génétique au cérébral; " (Conclusion de Topologie et signification, qui figure dans "Modèles Mathématiques de la Morphogenèse", 1974, 1980)
jc
26/02/2026
Mesurer la puissance d'un forteresse flottante et volante) à son poids (100.000 tonnes) c'est ravaler ladite forteresse au rang de cuirassier. De ce point de vue le Ford n'a pas une guerre de retard mais deux.
Si l'on mesure le rapport volant/flottant, on s'apercevra aussitôt que le Ford en a encore une de retard, car l'emploi de drones sans pilotes permet de réduire considérablement le poids flottant -ainsi que le nombre de chiottes-.
Dans "La République" Platon n'avait pas prévu le technocratisme totalitaire (et totalement nihiliste) comme mode de gouvernement adopté par l'Occident contemporain, qui y entraîne -volens nolens- les mastodontes des BRICS (1).
Thom au sujet de l'innovation, conclusion de (2), maintes fois cité ici :
"Décourager l'innovation
Les sociologues et les politologues modernes ont beaucoup insisté sur l'importance de l'innovation dans nos sociétés. On y voit l'indispensable moteur du progrès et -actuellement- le remède quasi-magique à la crise économique présente; les "élites novatrices" seraient le cœur même des nations, leur plus sûr garant d'efficacité dans le monde compétitif où nous vivons. Nous nous permettrons de soulever ici une question. Il est maintenant pratiquement admis que la croissance (de la population et de la production) ne peut être continuée car les ressources du globe terrestre approchent de la saturation. Une humanité consciente d'elle-même s'efforcerait d'atteindre au plus vite le régime stationnaire (croissance zéro) où la population maintenue constante en nombre trouverait, dans la production des biens issus des énergies renouvelables, exactement de quoi satisfaire ses besoins: l'humanité reviendrait ainsi, à l'échelle globale, au principe de maintes sociétés primitives qui ont pu -grâce, par exemple à un système matrimonial contraignant- vivre en équilibre avec les ressources écologiques de leur territoire (les sociétés froides de Lévi-Strauss). Or toute innovation, dans la mesure où elle a un impact social, est par essence déstabilisatrice; en pareil cas, progrès équivaut à déséquilibre. Dans une société en croissance, un tel déséquilibre peut facilement être compensé par une innovation meilleure qui supplante l'ancienne. On voit donc que notre société, si elle avait la lucidité qu'exige sa propre situation, devrait décourager l'innovation. Au lieu d'offrir aux innovateurs une "rente" que justifierait le progrès apporté par la découverte, notre économie devrait tendre à décourager l'innovation ou, en tout cas, ne la tolérer que si elle peut à long terme être sans impact sur la société (disons, par exemple, comme une création artistique qui n'apporterait qu'une satisfaction esthétique éphémère -à l'inverse des innovations technologiques, qui, elles, accroissent durablement l'emprise de l'homme sur l'environnement-). Peut-être une nouvelle forme de sensibilité apparaîtra-t-elle qui favorisera cette nouvelle direction? Sinon, si nous continuons à priser par-dessus tout l'efficacité technologique, les inévitables corrections à l'équilibre entre l'homme et la Terre ne pourront être -au sens strict et usuel du terme- que catastrophiques.
Pour moi, à la suite de Thom, le seul progrès qui vaille actuellement n'est pas le progrès technique (qui conduit "tout schuss"l'humanité à la catastrophe), mais au contraire le progrès dans l'organisation des sociétés humaines :
"Les situations dynamiques régissant l'évolution des phénomènes naturels sont fondamentalement les mêmes que celles qui régissent l'évolution de l'homme et des sociétés."
(1) https://www.dedefensa.org/article/glossairedde-crisis-la-crise-de-la-raison-subvertie :
" Lorsqu’un officiel chinois, représentant de l’ambassade, lui fit remarquer que la Chine et de nombreux pays d’Asie ne partageaient pas cet enthousiasme pour bien des raisons, et que les partisans du système occidentaliste pourraient “avoir des surprises, dans quelques années, lorsqu’ils verraient l’évolution de cette région”, – entendant par là que cette évolution ne serait pas celle du “système TINA”, – le silence pour toute réponse…
(...)
Nous avons cité l’intervention de l’officiel chinois avec une intention à l’esprit, ne doutant pas un instant de la sincérité de son propos, et de la véracité de sa propre conviction, dans l’exposé qu’il fit des intentions de la Chine, de l’Asie, et de l’antique sagesse de cette partie du monde. Nous reconnaissons d’autant plus tout cela que nous pouvons dire notre conviction que l’intervenant se trompait, qu’il se trompe en croyant qu’un modèle de civilisation asiatique rénové s’imposera rapidement, à côté du modèle occidentaliste, éventuellement pour le concurrencer et le remplacer.
Ce n’est nullement que ses arguments de fond ne soient pas justifiés et excellents; ils le sont, ceci et cela, et plus qu’à leur tour. Mais l’intervenant ignore deux choses: combien le modèle occidentaliste est, à la fois, plus puissant qu’il ne croit et plus proche de l’effondrement catastrophique qu’il ne croit. "
(2) Article écrit en 1968 pour l'Encyclopædia Universalis
jc
22/02/2026
Sur la forme.
- Je ne suis pas du tout convaincu qu'il s'agisse d'un texte rédigé par une IA (un faute d'orthographe aussi grossière que "on ne fait plus face à des adversaires distincte" est rzrissimee,.
Sur le fond.
- Je fais l'analogie entre Trump face à l'Iran, la Russie et la Chine (et je note que le Royaume Uni refuse l'accès US à Diego Garcia) et Napoléon face la coalition qui a réuni l'Angleterre, la Russie, la ,Prusse et l'Autriche contre lui. Pour moi, ce qui manque actuellement aux USA c'est un Talleyrand car je ne vois pas Witkoff, Kushner et Rubio faire le poids à eux trois (et Donald faire le poids face à Napoléon).
Talleyrand :
"« La véritable primauté, la seule utile et raisonnable, la seule qui convienne à des hommes libres et éclairés, c’est d’être maître chez soi et de n’avoir jamais la ridicule prétention de l’être chez les autres » (1792).
« Je persiste dans l’opinion qu’il est de la nature d’un État libre de désirer que les autres peuples soient appelés à la jouissance d’un bien qui, une fois répandu, promet à l’Europe, au monde, l’extinction d’une grande part des querelles qui le ravagent… » (1807) ;
« Le système qui tend à porter la liberté à portes ouvertes chez les nations soumises est le plus propre à la faire haïr et à empêcher son triomphe. » ;
« En cessant d’être gigantesque la France redevenait grande. » (1814)
Remarque finale.
Pour moi l'IA en est arrivée au point où elle sait capter correctement et reproduire la structure des langues. Et donc , pour ceux -dont je suis- qui pensent que c'est la fonction qui crée l'organe, l'IA sait auusi capter un peu de sa fonction, ce qui donne à l'interlocuteur humain l'impression que ce qu'elle dit a du sens, et donc qu'elle pense (alors que, à mon avis, elle ne sait au mieux que reproduire l'état actuel de la doxa (en piochant dans des "données" de moins en moins données et de moins en moins humaines, typiquement le Grokipedia de Musk).
Thom :
- "Je suis convaincu que le langage, ce dépositaire du savoir ancestral de notre espèce, détient dans sa structure les clés de l'universelle structure de l'Être." ;
- "L'homme en éveil ne peut, comme le nourrisson de neuf mois, passer son existence à saisir les objets pour les mettre en bouche. Il a mieux à faire : aussi, va-t-il « penser » c'est-à-dire saisir des êtres intermédiaires entre les objets extérieurs et les formes génétiques : les concepts." ;
"La pensée conceptuelle est une embryologie permanente.".
Une fois encore, la pensée de PhG est pour moi une embryologie permanente (et je ne vois rien de tel se profiler chez les IA -où sont leurs formes génétiques?-) :
"« Il suffit d’un mot, d’une phrase, d’une citation à placer en tête, la chose inspiratrice [en bref un prompt, c'est moi qui rajoute], qui ouvre la voie et là-dessus se déroule le texte, à son rythme, entièrement structuré, avec sa signification déjà en forme et en place. Je n’ai rien vu venir et j’ignore où je vais, mais j’ai toujours écrit d’une main ferme et sans hésiter… et toujours, à l’arrivée, il y avait un sens, une forte signification, le texte était devenu être en soi… C’était un instant de bonheur fou. »
jc
18/02/2026
Karim : "Je sais seulement que nous sommes piégés entre deux catastrophes : celle de la soumission et celle de la guerre. L’Empire a veillé à ce qu’il n’y ait pas d’autre issue. Il a anéanti toute autre possibilité. (...) Sauf une : La révolution. »
Révolution des idées ?
L'IA a besoin de "données" qui sont de plus souvent plus extorquées que données, ce qui fait qu'elle est de plus en plus prédatrice d'informations. L'IA, prédatrice, deviendrait-elle insensiblement sa propre proie, comme le capitalisme est, de mon point de vue, en train de le faire ? (1)
Thom : "L'assertion de nature translogique "Le prédateur affamé est sa propre proie" est à la base de l'embryologie sociale".
Rappelant une fois encore l'une de mes citations thomiennes favorites :
"Les situations dynamiques régissant l'évolution des phénomènes naturels sont fondamentalement les mêmes que celles qui régissent l'évolution de l'homme et des sociétés",
je propose de paraphraser comme suit la citation ci-dessus :
L'assertion de nature translogique "L'IA, affamée de données (comme le capitalisme qui en a accouché), est sa propre proie" est-elle à la base de l'embryologie sociale ?
Les sociétés humaines "développées" ( en Occident comme en Orient ) sont-elles ou non face à un mur infranchissable ?
Thom associe la prédation à la "fronce", deuxième de ses sept catastrophes élémentaires. Métaphoriquement l'humanité va-t-elle faire hurler son moteur social en deuxième vitesse jusqu'à la destruction dudit moteur, ou bien va-t-elle être capable de passer les vitesses supérieures jusqu'à retrouver un rythme soutenable?
Thom traite le sujet en l'illustrant dans ce que j'appelle sa vidéo "testament" (1994) : https://www.youtube.com/watch?v=fUpT1nal744 ( de 29'30 à 36' ).
Je suis de ceux qui pensent que la tradition sociale ne peut rester la même depuis l'origine de l'humanité, mais qu'elle évolue jusqu'à arriver à une organisation optimale qui dépend de l'espèce considérée. Et je considère que les abeilles sont arrivées à une organisation collective mature isologue à leur organisation biologique individuelle, alors que, actuellement, l'humanité est socialement dans la toute petite enfance.
(1) https://h16free.com/2025/08/29/81590-intelligence-artificielle-et-web-parallele
(2) Pour Thom il n'y a véritable information que lorsqu'il y a initialement un demandeur. Il a écrit tout un article sur le sujet intitulée "L'information : un Protée de la sémantique" que l'on trouve dans le recueil "Modèles Mathématiques de la Morphogenèse" (1974, 1980), et aussi à la fin du court métrage que Jean-Luc Godard lui a consacré ( https://www.youtube.com/watch?v=kbY_M22pijM à partir de 40' )
jc
17/02/2026
Kovac :" » Je sais seulement que nous sommes piégés entre deux catastrophes : celle de la soumission et celle de la guerre. L’Empire a veillé à ce qu’il n’y ait pas d’autre issue. Il a anéanti toute autre possibilité... » « ...sauf une, la révolution. »
Pour moi la révolution à faire est assez claire. Il s'agit :
- de passer d'une métaphysique de guerre (les "struggle for life" -darwinisme sauce Système-, "divide and conquer", individualisme, rationalisme et progressisme y mènent inéluctablement l'Occident) à une métaphysique de paix ;
- de réorganiser la société occidentale en ce sens.
Je propose comme mode de gouvernement une diarchie (1) populaire non héréditaire (diarchie Janus, une tête tournée vers le passé monarchique, l'autre vers l'avenir anarchique (2)).
Pour fixer les idées en France : roi et reine (hétéros…) tirés au sort parmi les enfants de -disons- six ans (et donc non héréditaire puisque pour une durée d'un an), le 14 Juillet étant décrété journée annuelle d'anarchie, avec décapitation symbolique des "chefs".
Pour moi les deux approches (alpha et oméga) ne sont pas antinomiques (alors que Guerre et Paix le sont), l'alpha renvoyant ici à l'amalgame (étymologiquement fusion amoureuse) du masculin et du féminin (3), et non à une dictature totalitaire (celle que l'élite occidentale actuelle tente de mettre en place). D'où les devises : "Unité-Harmonie-Diversité", "Vox Populi, Vox Dei" (4).
(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Diarchie
(2) Etat dans lequel chacun est suffisamment éduqué et élevé pour vivre en harmonie avec ses voisins (proches et lointains) sans avoir besoin de chefs. "En 1987, Jacques Ellul précise : « plus le pouvoir de l'État et de la bureaucratie augmente, plus l'affirmation de l'anarchie est nécessaire, seule et dernière défense de l'individu, c'est-à-dire de l'Homme ». " (Wikipédia)
(3) Hermaphrodite père-mère (et non flis-fille) d'Hermès et d'Aphrodite…
(4) « Ce n’est pas sans raison qu’on dit que la voix du peuple est la voix de Dieu. On voit l’opinion publique pronostiquer les événements d’une manière si merveilleuse, qu’on dirait que le peuple est doué de la faculté occulte de prévoir et les biens et les maux. » (Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live, I, lVIII)
Denis Monod-Broca
16/02/2026
Il fréquentait les grands de ce monde. Son amitié était recherchée. Il était riche, puissant et admiré. Et puis il a été jeté à bas de son trône.
Jeffrey Epstein est un cas, chimiquement pur comme on dit, de victime émissaire.
Il est désormais impur : son nom seul, accolé à un autre nom, rend suspect, c’est-à-dire impur, le porteur de l’autre nom, même si ce dernier n’a jamais eu aucune relation d’aucune sorte avec lui.
Il a l’unanimité contre lui. Prendre publiquement sa défense est inimaginable. Sa culpabilité est une certitude partagée par tous.
La question de la culpabilité est essentielle et mérite quelques précisions. Ses crimes, indéniables, sont l’affaire de la justice et il a d’ailleurs, pour certains d’entre eux, été jugé et condamné. La culpabilité mentionnée ici va au-delà de ses crimes : elle est absolue, sans appel, elle est, si l’on ose dire, ontologique. Il est la culpabilité personnifiée. Cela transparaît par exemple dans la formule dite et redite de « Epstein, le pédocriminel ». D’après ce qu’on sait, il s’est rendu coupable, dans le domaine sexuel, de détournement de mineures, de diverses agressions sexuelles, de proxénétisme, etc., mais pas de pédophilie. Mais on ne peut s’empêcher d’imputer à la victime émissaire un crime absolu, impardonnable. Comme Œdipe est accusé d’inceste, comme Marie-Antoinette le fut, Epstein est accusé de pédophilie.
Enfin sont mises sur son dos des fautes collectives : jouissance à tout prix, disparition de toute morale, nihilisme, vanité, cupidité…
Toutes les caractéristiques de la victime émissaire sont réunies.
Il a suivi la « route des hommes pervers ».
A-t-il mis fin à ses jours pour rejoindre l’unanimité de la foule liguée contre lui ? Nul ne le saura.
Mais l’affaire Epstein continue ses ravages. Croit-on que nos sociétés seront rendues plus pures, croit-on qu’elles seront guéries de leurs crimes, par l’accusation et le châtiment de tous ceux, innombrables, que l’affaire atteint ?
Bien sûr que non ! Au contraire ! Cette affaire inouïe montre à quel point nous sommes collectivement prisonniers de superstitions vieilles comme le monde, à quel point la pensée magique oublie le savoir accumulé depuis des siècles et à quel point elle prend facilement le dessus sur la pensée véritable.
« Avoir un bouc émissaire, c’est ne pas savoir qu’on l’a »
jc
14/02/2026
[ Je radote. Mais j'ai néanmoins l'impression que mon brouillard intérieur se dissipe un peu, que ce que je conçois de mieux en mieux s'exprime de mieux en mieux. ]
Douguine :
« Le philosophe (...) sait, à l’avance, plusieurs couches de l’être plus qu'ils n'en savent eux, et cela lui donne le droit de gouverner les ignorants. "
Thom :
" En ce qui me concerne, je préfère croire à un réel – non globalement accessible parce que de structure stratifiée – dont l'herméneutique de la théorie des catastrophes permettrait de dévoiler progressivement les « fibres » et les « strates ». Mais tout progrès dans la détermination d'une telle ontologie stratifiée en « couches » d'être exigera :
i) L'emploi de mathématiques pures spécifiques – parfois bien difficiles – dans les théories jusqu'ici purement conceptuelles des sciences de la signification ;
ii) La reprise d'une réflexion philosophique sur la nature de l'être que les divers positivismes et pragmatismes ont depuis bien longtemps occultée."
Avec sa théorie des catastrophes élémentaires Thom propose sept couches d'être, sept déclinaisons de l'être-souche (à savoir celui qui persévère dans son être et rien d'autre). Pour lui l'assertion de nature translogique "le prédateur affamé est sa propre proie" est à la base de l'embryologie animale, et il y associe la catastrophe "fronce".
Pour moi "notre" élite nihiliste actuelle est exclusivement prédatrice, son pragmatisme et son positivisme ne lui permettant pas de dépasser ce stade. Si les sept catastrophes sont échelonnés métaphoriquement sur une échelle de Jacob qui permet de s'élever pour entre-apercevoir les figures dont le prisonnier de la caverne de Platon voit les ombres, alors, de même que les animaux sauvages, "nos" nihilistes (Donald Trump est pour moi un exemple typique d'un prédateur qui ne peut et/ou ne veut se voir en proie) n'ont pas accès aux étages supérieurs.
Pour dépasser ce stade d'une société animale "inférieure", il est nécessaire (selon ma compréhension de la pensée thomienne) d'arriver à celui de l'échange par don et contre-don à propos duquel Thom écrit ceci (1) :
"La typologie des catastrophes élémentaires peut être utile au début, mais il ne faudrait pas s'y attacher rigidement. Après tout l'échange commercial don + contre-don est socialement assez fondamental, mais il n'existe aucune singularité de codimension < 4 qui le réalise ..."
Il n'y a que deux singularités dont le déploiement exige quatre dimensions : le "papillon" et l' "ombilic parabolique", alias le "champignon". Thom n'associant -à ma connaissance- que le don à la catastrophe "papillon", c'est donc jusqu'au septième barreau qu'il nous faut nous hisser.
Thom n'est plus là pour nous y aider. À nous de rechercher autour de nous les bons "panoramix" qui vont nous guider en nous élevant et/ou nous élever en nous guidant.
À ce propos j'aime bien l'image d'un cône (chapeau pointu) dont les strates sont des cercles horizontaux et les fibres des droites les plus pentues qui se rejoignent au sommet. Pour relier les strates -les couches d'être- entre elles (2), une société purement "top-down" n'a que des fibres descendantes, une société "bottom-up" n'a que des fibres ascendantes. Une société sera d'autant plus structurellement stable qu'elle aura les deux et saura s'en servir judicieusement.
Le bon sens paysan commande de (re)bâtir notre tour Eiffel sociale en commençant par les fondations. Il est impossible de se persuader pragmatiquement du bon sens de René Toutatis, il faut y croire (3) :
"Selon de nombreuses philosophies Dieu est géomètre; il serait peut-être plus logique de dire que le géomètre est Dieu."
(1) Lettre au psychopathologue et linguiste Benoît Virole.
(2) Famille "nucléaire", village, commune, canton, département, région, France, Europe, Monde.
(3) Thom utilise la catastrophe "champignon" dans son modèle de formation des organes sexuels qui permettent l'amour des corps. Mais puisqu'il lie par ailleurs intimement le corps et l'âme (#), cela vaut aussi pour l'amour platonique, ce qui renvoie à l'article de Douguine.
(#) "C'est sans doute sur le plan philosophique que nos modèles présentent l'apport immédiat le plus intéressant. Ils offrent le premier modèle rigoureusement moniste de l'être vivant, ils dissolvent l'antinomie de l'âme et du corps en une entité géométrique unique."
jc
13/02/2026
Sur ma lancée…
L'empereur et la duchesse.
Il s'agit de Napoléon 1er, stratège militaire hors pair et aussi organisateur "Top/Down" hors pair, qu'il s'agisse d'organisation militaire (1) ou d'organisation civile (création du corps préfectoral, du code civil "Napoléon", etc.)
Quant à la duchesse, il s'agit de celle de Dantzig, initialement lingère, épouse du général Lefebvre, fait duc par Napoléon. Elle et son époux (militaire à 18 ans, sorti du rang) sont pour moi tous les deux des "Bottom/Up", au moins symboliquement :
"Loyale envers l'Empereur, elle ne se privait pourtant pas de le critiquer et le désarmait — il l'appréciait pour sa franchise et la soutenait contre ceux qui voulaient la chasser de la cour —, tenant aussi tête à Talleyrand, pourtant expert en joutes verbales. " ( https://fr.wikipedia.org/wiki/Madame_Sans-G%C3%AAne )
Où situer Talleyrand, ce diplomate hors pair ? Pour moi celui-ci est un Janus, une tête tournée vers l'ancien régime aristocratique, l'autre vers le nouveau régime bourgeois.
Métaphoriquement je vois un paysage vallonné avec de multiples sommets (Napoléon à l'un d'entre eux) de hauteurs variant continuellement (et parfois éruptivement), symbolisant les principaux pouvoirs en conflit, tous reliés entre eux par des points-col.
C'est évidemment au point-col le plus complexe que je place Talleyrand (en espérant pour lui son unicité).
En maths un point col s'appelle aussi un point selle. Initialement et généralement un point col relie deux sommets et deux vallées, alias la tête et la croupe du cheval et les deux jambes du cavalier. Mais il existe (au moins par la pensée) des cols reliant trois sommets et trois vallées (voire plus), et les matheux parlent alors de selle de singes (2). Pour moi c'est clairement là qu'un diplomate doit se placer s'il veut espérer saisir au mieux la situation et en tirer profit .
C'est bien entendu là que je situe Talleyrand.
[ Le sobriquet de Talleyrand qui semble actuellement en vogue est "Le diable boiteux". Je lui préfère "L'octopus", car pour moi seule un diplomate- pieuvre est capable de se maintenir pratiquement immobile (3) sur une telle selle de singe pendant un tiers de siècle de rodéo quasi-continu.
(1) Je suis en train de lire le "Talleyrand" par Emmanuel de Waresquiel, d'où je tire (p.343) :
"Talleyrand se vantera plus tard en Angleterre d'avoir assisté, avec Decrès et Berthier, à cette fameuse nuit [du 23 août 1805 ?] au cours de laquelle à Pont-de-briques, près de Boulogne, Napoléon dicta à Daru toutes le opérations de la Grande Armée jusqu'à Vienne."
(2) La géométrie de la catastrophe thomienne "ombilic parabolique" est liée à celle d'une selle de singe.
(3) Le titre du livre est "Le prince immobile"
Disciple égaré
11/02/2026
Merci beaucoup de vous faire porte voix.
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