Le Pen & Trump, même combat

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Le Pen & Trump, même combat

01-04-2025 (16H25) – La condamnation de Marine Le Pen et l’interdiction qui lui est faite de se présenter aux élections présidentielles a, selon l’image navale et climatique bien connue, soulevé une vague de réactions et de protestations dans le monde. Sans aucun doute, la plus importante, notamment politique, vient des États-Unis et du président Trump lui-même. Le président, qui eut tant de difficultés à l’être triomphalement, a aussitôt assimilé la mesure prise contre Le Pen à celles qui ont été prises, ou menacées d’être prises contre lui dans l’intervalle entre ses deux mandats. Trump juge que l’affaire Le Pen est « a very big deal » qui va certainement ouvrir un nouveau point d’affrontement entre Washington et l’Europe (la France) selon l’orientation définie à plusieurs reprises par le vice-président Vance.

« Le président américain Donald Trump a déclaré que les poursuites pénales engagées contre la cheffe de l'opposition française Marine Le Pen lui rappelaient ses propres batailles judiciaires sous l'administration de l'ancien président Joe Biden.

» Interrogé par des journalistes dans le Bureau ovale sur le verdict, Trump a répondu : “C'est une affaire très grave”.

« Je suis au courant, et beaucoup pensaient qu'elle ne subirait aucune peine », a-t-il déclaré.

» “Mais elle a été interdite de se présenter pendant cinq ans, et c'est la candidate favorite. Cela ressemble beaucoup à [notre] pays”. »

» Trump a souvent affirmé que les poursuites judiciaires et les enquêtes sur ses activités s'inscrivaient dans une “chasse aux sorcières” à motivation politique menée par l'administration Biden et les Démocrates. »

D’une façon assez remarquable, la porte-parole du département d’État a été beaucoup plus loin encore dans ses affirmations puisqu’elle juge que la gravité de la condamnation Le Pen se range opérationnellement, et pas seulement théoriquement, dans la même catégorie que les poursuites dont a été victime le président. Il s’agit d’une démarche qui intègre la condamnation Le Pen dans un courant général, international, contre lequel Trump et les trumpistes, avec Vance en tête de proue, lutte de toutes leurs forces.

« La porte-parole du département d'État américain, Tammy Bruce, a déclaré que les poursuites contre Marine Le Pen étaient ‘particulièrement préoccupantes, compte tenu de la guerre juridique agressive et corrompue menée contre le président Trump ici aux Etats-Unis’. »

Ce qui nous laisse, pour notre compte, avec deux aspects très spécifiques d’une bataille aux dimensions internationales. La France et les États-Unis sont, dans l’Occident-racorni, des références très significatives et intéressantes, par leurs contrastes parfois contradictoires, et parfois par leur proximité jusqu’à des domaines très inattendus. C’est le cas ici, dans le domaine que les Américains nomment ‘Lawfare’ (guerre par la loi, – terme expliqué dans le texte de Kunstler ci-dessous) où les deux pays se trouvent confrontés à des situations très spectaculaires affectant des élus ayant comme buts la présidence elle-même, et “légitimés” ou non par des juges sans aucune légitimité politique. On pourrait mettre dans cette tendance la Roumanie, dont on connaît les déboires, mais le caractère exceptionnel et assez unique de la France et des USA est qu’il s’agit de corps juridiques qui agissent d’eux-mêmes, dans leurs cadres nationaux, sans impulsions ou consignes directes de l’extérieur (l’UE pour la Roumanie).

France & Le Pen

Pour documenter le cas Le Pen et le cas français en général, on peut voir et écouter avec intérêt deux voix fort instruites et surtout caractérisées par l’ironie et le sarcasme, – deux attitudes tout à fait bienvenues pour saluer le cas français, les protestations furieuses ou geignardes ayant montré leur totale inefficacité. Il s’agit donc, sur le réseau ‘Le Monde Moderne’, d’une vidéo avec Alexis Poulin et Régis de Castelnau.

D’autre part, on peut consulter le texte, que nous reprenons ci-dessous, de l’avocat Castelnau, spécialiste des questions de la dérive politique de la justice.

« Une “justice politique” : histoire sans fin

La condamnation de Marine Le Pen et des membres du RN poursuivis devant le tribunal correctionnel de Paris était inéluctable. Dans tous ses aspects et en particulier celui de l’inéligibilité avec exécution provisoire.

Pour plusieurs raisons.

• La première et la principale, est celle de l’idéologie politique professée par la magistrature. Sociologiquement, celle-ci est massivement issue de la petite bourgeoisie urbaine, dont elle partage les modes de vie, la culture, les positions politiques, et les valeurs sociétales. Cela s’accompagne d’une véritable aversion pour les couches populaires (comme on l’a vu au moment de la féroce répression des gilets jaunes) et de la conviction qu’elle doit profiter de sa place dans les institutions et des pouvoirs qui sont les siens pour imposer sa morale à la société et en particulier pour le cas qui nous occupe, en faisant preuve elle aussi d’un antifascisme de pacotille.

• La deuxième raison est liée à l’insondable bêtise de la classe politique. Terrorisée par l’accusation populiste du “tous pourris” et soucieuse de se faire pardonner, elle passe son temps à voter des textes répressifs contre les élus, persuadée qu’ils ne tomberont que sur le voisin. La possibilité d’exécution provisoire de la peine accessoires inéligibilité en violation du principe de la présomption d’innocence en est le plus consternant exemple

• La troisième résulte de la volonté déterminée du corps des magistrats de se transformer en pouvoir politique par la mise en place de jurisprudences parfaitement abusives qui placent les politiques à la merci de la justice. Qui entend contrôler non seulement leur probité (ce qui serait normal) mais surtout leurs activités politiques. L’affaire Marine Le Pen est de ce point de vue exemplaire, la possibilité de condamnation pour “détournement de fonds publics” de parlementaires est une hérésie juridique créée de toutes pièces par la Cour de cassation. L’activité politique d’un élu devrait relever du contrôle et de l’appréciation des électeurs. Il est désormais confisqué en amont par un corps autonome et partial devenu pouvoir politique, sans en avoir la légitimité démocratique.

Le juge est là pour arbitrer entre des intérêts contradictoires. En matière pénale, c’est entre la société représentée par le parquet autorité de poursuite et la personne poursuivie.

Le juge n’est pas là pour décider qui peut solliciter les suffrages de l’électeur souverain, en fonction de ses propres idées politiques, à l’aide de textes sollicités pour la circonstance et de jurisprudences qu’il s’est concoctées sur mesure. »

USA & Trump

La chronique des avatars politiques de Trump avec la justice est une aventure qui semblerait sans fin, commencée lors du mandat Trump-I et poursuivie depuis, y compris sous le mandat Trump-II. Le caractère totalement partisan et politique  des juges est d’autant plus évident qu’ils sont désignés par les partis au pouvoir (comme les Juges de la Cour Suprême qui, eux, doivent passer devant le Congrès pour être confirmés).

La transformation de la justice en instrument des guerres intestines est assez récente d’une façon aussi visible et flagrante. Elle correspond bien évidemment à la radicalisation des extrêmes politiques dans les deux partis, – d’abord chez les démocrates, d’une façon étourdissante avec le wokenisme, plus récemment avec une riposte en train de se mettre en place par la droite populiste et trumpiste. De ce point de vue, la proximité est très grande entre Français et Américains, du fait de la présence de courants gauchistes extrêmement agressifs. Il s’agit d’une proximités somme toute classique entre France et USA, qui ont toujours eu des liens très particuliers, d’antagonismes furieux et de proximité étonnantes. Dans le cas présent, dans les deux cas exposés, il ne fait aucun doute, quels que soient les sentiments des acteurs, que l'on se trouve dans un affrontementre entre globalistes-modernistes (les juges) et souverainistes-traditionnalistes. Les personnalités prises à partie par cette justice monstrueuse représentent effectivement la tendance de la résistance, – la force des choses dicte sa loi, hors des juges inutiles et factieux imposteurs.

Pour illustrer la situation US actuelle, rien de mieux que la plume, – au moins aussi acerbe et ironique que Poulin-Castelnau, – de James Howard Kunstler (traduction du texte de Kunstler de notre très-estimé confrère ‘Sakerfrancophone’)...

« L’“Apocalypse Now” des juges

La mise en accusation serait trop clémente pour la clique de juges fédéraux activistes wokenistes qui tentent d’annuler le pouvoir exécutif avec des mandats d’arrêt intimidants contre toutes sortes d’actions exécutives. S’ils étaient simplement renvoyés de leurs fonctions, ils pourraient simplement se reconvertir en commentateurs juridiques de la NPR ou en danseurs de pole dance transsexuels. Ce que vous avez ici, c’est plutôt une conspiration séditieuse évidente, évidente pour tous, orchestrée par le même Nosferatus juridique que le RussiaGate, les élections de 2020 et la chasse aux sorcières du J-6 [les événements du 6 janvier 2021].

Le hic, c’est que cette fois-ci, elle est décelable et passible de poursuites parce que le parti qui mène cette insurrection légale n’a plus les mains sur les leviers du pouvoir au DOJ et au FBI comme il l’avait lorsqu’ils ont mené les opérations susmentionnées. Et donc, le puissant silence émanant de ces deux agences en ce moment devrait vous dire quelque chose : à savoir, que des affaires sont soigneusement montées pour enfin soumettre ces ignobles criminels à une justice réelle et punitive.

Si vous voulez connaître une des principales raisons de l’échec institutionnel dans notre pays, regardez du côté de l’entreprise maléfique qui se fait appeler « Lawfare ». Elle a vu le jour sous la forme d’un blog lancé le 1er septembre 2010, fondé par trois personnalités clés : Benjamin Wittes, Jack Goldsmith et Robert Chesney. Au fil du temps, elle s’est transformée en une opération militante, The Lawfare Institute, une organisation à but non lucratif de type 501(c)(3) dédiée aux (hum hum) « choix difficiles en matière de sécurité nationale », et dirigée sous l’ombrelle louche de la Brookings Institution.

L’objectif de Lawfare est évident dans son nom : il s’agit d’un instrument de guerre contre un ennemi perçu comme tel, qui, au cours de la dernière décennie, a été la faction politique dirigée par M. Trump, l’ancien et actuel chef de l’exécutif du gouvernement fédéral. M. Trump est un danger pour le bras bureaucratique du gouvernement fédéral parce qu’il l’a défini comme une opération de racket et a agi de manière décisive pour mettre fin à ses déprédations. Le Lawfare est la garde prétorienne de la bureaucratie permanente de Washington, y compris et surtout de ses acteurs du renseignement voyous, qui font office d’exécuteurs pour le Parti démocrate, qui fournit en grande partie le personnel de la bureaucratie.

Norm Eisen, chercheur principal à la Brookings Institution, est le stratège opérationnel en chef de l’entreprise Lawfare. Il a participé activement à toutes ses opérations, ses coups tordus et ses manipulations depuis que M. Trump est entré en scène en 2015 en promettant d’« assécher le marigot » (c’est-à-dire de mettre fin au racket). Norm Eisen occupe des postes de direction dans deux organisations Lawfare subsidiaires : le States United Democracy Center et le Citizens for Responsibility and Ethics in Washington (CREW). Les liens plus larges d’Eisen découlent de son expérience dans l’orchestration de contestations judiciaires contre M. Trump : il a conseillé l’enquête Mueller, rédigé des articles de destitution et mené plus de 200 poursuites judiciaires pour le CREW au cours du premier mandat de M. Trump.

Aujourd’hui, après l’interrègne Biden, Norm Eisen s’appuie sur un réseau d’organisations à but non lucratif (ACLU, Public Citizen, etc.) et de juges de gauche pour intenter des centaines de nouvelles poursuites afin de contrecarrer l’effort de nettoyage MAGA sous la direction d’Elon Musk. Les déclarations fiscales montrent que le financement de CREW provient en partie des Open Society Foundations de George Soros. Pendant la pandémie de COVID-19 en 2020, CREW a reçu 432 000 dollars de prêts du Paycheck Protection Program (PPP) de Newtek Small Business, qui est devenue une société holding financière après avoir acquis la National Bank of New York City en janvier 2023, rebaptisée Newtek Bank.

Le blanchiment d’argent par le biais de fondations, d’ONG et d’organisations à but non lucratif est l’essence même du mode de racket du Parti démocrate, de mèche avec des bureaucraties fédérales telles que l’USAID, qui ont distribué des milliards de dollars à un vaste réseau de bénéficiaires activistes. Traduction : il verse des salaires (souvent à six chiffres) aux militants du parti dont les seules fonctions consistent à faire circuler l’argent à travers les échelons organisationnels et à être disponibles pour des tâches telles que la collecte des bulletins de vote, le dépouillement des votes et l’organisation d’émeutes.

C’est à ce mal que M. Trump cherche à mettre fin, et il doit donc être contrecarré à tout prix par ceux dont la survie dépend de ces combines permanentes. L’alliance dite de la « Résistance » entre le Parti démocrate et la bureaucratie cherche à empêcher la réforme par tous les moyens nécessaires. Comme ils ne contrôlent plus les puissantes agences exécutives telles que le DOJ et le FBI pour intimider et punir leurs ennemis, leur seul recours est le pouvoir judiciaire fédéral et ses officiers de justice, c’est-à-dire les avocats et les juges pratiquant le Lawfare.

Les juges fédéraux sont des personnes nommées pour des raisons politiques, comme John J. McConnell de la Cour de district des États-Unis District of Rhode Island, qui était un avocat spécialisé dans les dommages corporels (c’est-à-dire un « chasseur d’ambulances ») et un donateur important du Parti démocrate, ayant donné près de 700.000 dollars à des causes du parti et ayant été trésorier du Comité d’État Démocrate de Rhode Island. Le juge McConnell a émis une ordonnance d’interdiction de grande envergure contre le gel des financements fédéraux conseillé par le DOGE et lancé en février de cette année. La fille de McConnell, Catherine, est conseillère politique principale au ministère américain de l’éducation, nommée par le président Joe Biden en 2022. Vous voyez comment ça marche ?

De même, James Boasberg, membre de la distribution de RussiaGate, et en tant que juge présidant le tribunal fédéral de Washington dans soixante affaires J-6. La journaliste indépendante Laura Loomer affirme que la fille du juge Boasberg, Katherine, travaille pour Partners for Justice (PFJ), une organisation à but non lucratif de type 501(c)(3) qui se consacre à la défense des « criminels étrangers en situation irrégulière et des membres de gangs », notamment en s’opposant à leur expulsion, et qui reçoit d’importants financements de la part du gouvernement américain, notamment de l’USAID. Le juge Boasberg a notoirement émis la semaine dernière une ordonnance restrictive contre l’expulsion des membres du gang Tren de Aragua, qualifié d’organisation terroriste par le ministère de la Justice. Vous voyez comment ça marche ?

Or, la différence entre le Lawfare et la pratique du droit est que le Lawfare trafique abondamment des mensonges pour faire son business dans les tribunaux, alors que la pratique du droit est censée être dédiée à la recherche de la vérité dans les affaires portées devant les tribunaux. Le Lawfare est fondé sur la malhonnêteté, tout comme son principal client, le Parti démocrate. C’est exactement la raison pour laquelle le juge James Boasberg a accepté les fausses demandes de mandat du directeur du FBI James Comey devant le tribunal FISA, qui ont permis à l’opération RussiaGate de faire son sale boulot. Ainsi, le grand orchestrateur de l’entreprise Lawfare dans son ensemble, Norm Eisen, est une sorte de père du mensonge.

N’oubliez pas qu’au-delà de tout ce tumulte se dresse un principe essentiel : la vérité est solide et le mensonge est fragile. Comme vous, je suis prêt à voir ce qui sortira finalement du ministère de la Justice de Trump en termes d’affaires qui pourraient régler définitivement cette puissante bataille entre le Lawfare et la loi. »