L’Europe sur le sentier de la guerre

Les Carnets de Dimitri Orlov

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L’Europe sur le sentier de la guerre

Lors d’un récent sommet de l’Union européenne, la gynécologue en chef, Mme Leyen, a exigé 800 milliards d’euros pour un plan de réarmement de l’UE sur quatre ans. Seulement 150 milliards d’euros de cette somme proviendraient d’euro-obligations nouvellement émises ; les 650 milliards d’euros restants seraient récupérés par les États membres de l’UE en augmentant leur dette souveraine déjà très élevée. Pour faciliter le processus de récupération, la règle de la limite de déficit budgétaire de 3 % serait levée. Tous ces fonds seraient consacrés au réarmement, et à un rythme effréné.

Le plan de réarmement s’accompagne d’une clause en petits caractères : les fabricants d’armes ne seraient autorisés à participer qu’après avoir signé un pacte de sécurité spécial avec la Commission européenne. Cette petite pilule empoisonnée a été insérée par le prétentieux coq français Emmanuel Macron dans l’espoir que cela orientera une partie des fonds dans la direction générale de l’industrie française de l’armement. Si des fabricants d’armes acceptent ce pacte de sécurité plutôt absurde, d’autres conditions s’appliquent : ils ne recevraient pas plus d’un tiers du total, puisque 65 % de celui-ci doit être dépensé pour le complexe militaro-industriel européen, qui doit spontanément voir le jour et commencer à produire des systèmes d’armes modernes selon un modèle de fabrication en circuit fermé et hautement localisé. Une mention spéciale a été accordée à la Norvège (en tant qu’armurerie de l’Europe) et, parmi tous, à l’Ukraine (en tant que blanchisserie de l’argent de l’Europe ?).

Revenons un peu en arrière et énonçons l’évidence : le plan de guerre de la gynécologue est absurde. Les bébés peuvent être conçus en neuf mois ; les systèmes d’armes de haute technologie, avec la capacité industrielle sous-jacente, prennent des décennies à développer. Rien de tout cela n’est en place ; et ne le sera pas non plus dans quatre ans. Mais il y a plus : en vertu de la politique du gouvernement américain, aucun fabricant d’armes européen ne peut assembler quoi que ce soit sans pièces provenant des États-Unis. C’est voulu : à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les instigateurs du plan Marshall ont jugé préférable de tenir en laisse les fabricants d’armes européens. Les fameuses « normes de l’OTAN », auxquelles toutes les armées européennes doivent se conformer, exigent que les deux tiers de tous les achats d’armes soient effectués auprès d’entrepreneurs américains du secteur de la défense, tandis que le tiers restant doit être généreusement parsemé de pièces fabriquées aux États-Unis.

Il est donc clair qu’il n’y aura pas d’armes d’une valeur de 800 milliards d’euros provenant de l’UE au cours des quatre prochaines années. Et cela, en fin de compte, est tout à fait normal, car ni Mme Leyen, ni personne d’autre dans l’UE, ne sait à quoi ces armes serviraient. Il n’est fait aucune mention des armées qui seraient équipées de ces armes. Tout d’abord, s’agirait-il d’armées nationales ou de formations à l’échelle de l’UE ? Des armées nationales sont envisageables dans le cas de certaines grandes nations (essentiellement l’Allemagne, la France et l’Italie), mais lorsqu’il s’agit de plusieurs pays comme la Lettonie et la Slovénie, il n’y a pas assez de soldats pour que l’exercice en vaille la peine.

S’il s’agit d’un effort à l’échelle de l’UE, en parallèle ou en remplacement de l’OTAN, il serait probablement judicieux de doubler au moins le prix de 800 milliards d’euros pour inclure tout le soutien, la logistique, la reconnaissance, le renseignement, le commandement et le contrôle, etc. qu’une organisation aussi vaste, tentaculaire et amorphe impliquerait. L’OTAN peut fonctionner parce qu’elle est essentiellement composée des forces américaines pour le plat principal, avec quelques bruschetta, tapas et canapés européens. Le repas qui pourrait être concocté sans les États-Unis ressemblerait davantage à un en-cas léger. Gardez à l’esprit que cela fait quatre-vingts ans que l’Europe n’a pas mené de guerre (et encore elle les a perdues) et que depuis lors, le char militaire européen est attelé au cheval de guerre américain. Et de même, au cours de ces quatre-vingts années d’entre-deux-guerres, ce cheval de guerre américain, bien qu’il ait reçu le plus abondant des fourrages, a perdu toutes les guerres à l’exception de son invasion de la petite île de Grenade sous le règne de Reagan.

Le 26 Mars 2025, Club Orlov – Traduction du ‘Sakerfrancophone

 

Note du Saker Francophone

Depuis quelques temps, des gens indélicats retraduisent “mal” en anglais nos propres traductions sans l’autorisation de l’auteur qui vit de ses publications. Dmitry Orlov nous faisait l’amitié depuis toutes ses années de nous laisser publier les traductions françaises de ses articles, même ceux payant pour les anglophones. Dans ces nouvelles conditions, en accord avec l’auteur, on vous propose la 1ere partie de l’article ici. Vous pouvez lire la suite en français derrière ce lien en vous abonnant au site Boosty de Dmitry Orlov.