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2619• Description malicieuse et impitoyable du sort de l’Europe en pleine décomposition et du ‘leader’ qu’il lui faut. • Macron est cet homme pour faire sa soumission à Washington : « le candidat idéal pour la capitulation », sorte de Pétain postmoderne.
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Voilà un portrait plaisant et si juste, – et de l’Europe et de Macron comme “leader de l’Europe”, – c’est-à-dire cet “homme-fluide” dont l’Europe a besoin lorsqu’il s’agira d’ailler baisser la culotte à Washington pour demander humblement que les choses redeviennent comme avant. (Approximativement, c’est “avant” le coup de force symbolique de l’accrochage de la Maison-Blanche qui valut à Zelenski d’être bel et bien expulsé sans avoir manger, – il avait faim, pourtant.)
On l’avoue, Timofei Bordachev, directeur des programmes au Club Valdaï a de l’humour et sait fort bien parler lestement de cette valse des pantins qu’est aujourd’hui l’évolution (?) de la situation européenne et des allers et venues des uns et des autres comme l’on dirait d’une basse-cour peuplée de poulets sans tête courant, affolés, à la recherche d’une idée claire. Bordachev a le sens de la formule qui sied à l’Europe, et encore plus à Macron. Par exemple, lorsqu’il écrit, – et vous y reconnaîtrez les vôtres, comme Dieu...
« Lorsque les commentateurs d’Europe occidentale affirment que “l’Europe” a besoin d’un leader pour tenir tête aux États-Unis ou à la Russie, ils plaisantent bien sûr. »
« En huit ans, Macron n’a guère fait que faire des déclarations grandiloquentes et se lancer dans des spectacles politiques. Or, c’est précisément ce qui fait de lui le parfait représentant de l’adaptation de l’UE aux directives de Washington. Il est flexible, dénué de convictions idéologiques et prêt à changer de position à tout moment. »
« Macron est également le candidat idéal pour présider à la capitulation silencieuse de l’Europe occidentale dans la crise géopolitique en cours autour de l’Ukraine. »
... En effet, on l’a déjà deviné avec ces extraits, Bordachev ne doute pas une seconde que les Européens, après quelques coups de menton comme on tire la chasse et des roulements d’épaule comme roulent les tambours, commencera ses manœuvres pour commencer à digérer la couleuvre et commencer à s’aligner sur Washington. A cet égard, et dans ce contexte il a tout à fait raison, Macron est l’homme idéal, – une sorte de Pétain postmoderne, sans étoiles, sans gloire passée ni passé d’ailleurs, sans rien du tout, – bref, l’homme-fluide, le dur liquide, le petit bras qui joue au gros bras.
Le problème qui n’est pas vraiment résolu, c’est de savoir si le Russe a raison en posant comme condition absolue le fait que l’Europe baissera sa culotte, via son Macron-utile, pour redevenir le serviteur empressé de Washington. Il y a au moins deux sortes de réserve.
• On ne sait pas si l’affaire intéressera vraiment Washington, car l’on voit plus Trump occupé à s’arranger avec Poutine, et les États-Unis envisager en toute discrétion de négocier un rapprochement avec les BRICS comme le suggérait avant-hier Mercouris. Washington cherchant à contrôler l’affaiblissement dramatique de son statut global, ne trouvera guère le temps de s’intéresser ni de s’embarrasser de ces “débris d’empire” que constitue l’Europe-UE.
• L’Europe-UE, justement. Il n’est pas sûr qu’une évolution de la prise en compte de la position catastrophique de l’Europe ne provoquera pas en priorité une sorte d’implosion de l’UE avec des destins divers laissés au pays européens, avant même de songer à capituler “dans l’ordre” si l’on veut devant les États-Unis.
C’est alors qu’on verrait que Macron est même capable de rater son remake-postmoderne de Pétain. Il ne faut écarter aucune possibilité, il est vraiment capable de tout rater et de rater n’importe quoi, même une capitulation sans conditions.
Bien, mise à part cette réserve, on lira avec intérêt sinon amusement cette description qui va si bien à l’Europe et à notre président. Quoi qu’il en soit du destin politique de l’Europe et des relations avec les États-Unis (et avec la Russie) cette conclusion reste parfaite et mesure la popularité que notre homme a conquis de haute lutte grâce à la guerre :
« En fin de compte, Macron incarne tout ce qui définit le leadership moderne de l’Europe occidentale : une figure dont l’ascension aurait été impensable lorsque la région comptait encore dans les affaires mondiales. Aujourd’hui, alors que le Vieux Monde s’efface dans l’insignifiance géopolitique, il est exactement le genre d’homme politique qu’il mérite. »
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Lorsque les commentateurs d’Europe occidentale affirment que “l’Europe” a besoin d’un leader pour tenir tête aux États-Unis ou à la Russie, ils plaisantent bien sûr. Le rôle premier de la région n’est pas de défier les superpuissances, mais de s’adapter à elles. Et en ce moment, elle s’adapte à la nouvelle orientation de Washington.
Dans les semaines à venir, nous verrons comment les satellites européens de l’Amérique réajusteront leur politique étrangère pour s’adapter aux changements de direction à Washington. Ce processus sera marqué par une vague d’activité diplomatique – des visites de haut niveau, des réunions officielles et un flot de déclarations d’une ampleur et d’une stupidité cosmiques. Il ne faut cependant pas s’attendre à un effort significatif pour garantir l’autonomie européenne dans les affaires mondiales. La véritable lutte ne portera pas sur l’affirmation de l’indépendance, mais sur le fait de savoir quel dirigeant d’Europe occidentale pourra devenir le vassal préféré de Washington sous la nouvelle administration américaine.
L’idéal serait, bien sûr, que l’Europe occidentale puisse progressivement se forger un certain degré d’autonomie stratégique, comme le souhaitent en silence nombre de ses élites politiques et économiques. Mais pour l’instant, cela reste un rêve. Le mieux qu’ils puissent espérer est un retour progressif et réticent à la coopération économique avec la Russie, dicté non par leurs propres intérêts mais par l’évolution des relations entre Washington et Moscou.
Alors que les dirigeants d’Europe occidentale s’efforcent de s’adapter à la nouvelle administration de Washington, une compétition se dessine entre les principaux prétendants – l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni. Le reste de l’Europe est soit trop petit pour compter, soit, comme la Pologne, a déjà assuré son statut de mandataire farouchement loyal des États-Unis. Pendant ce temps, Bruxelles reste instinctivement opposée aux administrations républicaines, en particulier celles alignées sur Donald Trump.
La Grande-Bretagne se trouve dans une position difficile. N’appartenant plus à l’UE, elle maintient une approche indépendante mais dispose d’un pouvoir limité pour façonner les affaires continentales. Cette flexibilité peut permettre à Londres d’adopter une ligne plus dure face à la Russie, mais elle affaiblit son influence lorsqu’il s’agit de négocier un règlement.
L’Allemagne, quant à elle, reste prudente. Friedrich Merz étant sur le point de prendre la relève comme chancelier, Berlin n’est pas pressée de dévoiler son jeu. Les dirigeants allemands préfèrent attendre et évaluer les nouvelles règles d’engagement de Washington avant de prendre des mesures audacieuses. Les enjeux économiques étant si importants, Berlin hésite à prendre le risque d’un changement prématuré.
Il reste donc la France et Emmanuel Macron, qui a déjà fait son coup. Premier dirigeant européen majeur à se rendre à Washington après le retour de Trump, Macron se positionne comme le principal intermédiaire entre l’Europe occidentale et les États-Unis. Sa visite témoigne de la volonté de la France de prendre l’initiative de remodeler la politique européenne pour qu’elle corresponde aux intérêts américains.
Macron est particulièrement bien placé pour ce rôle. En tant que chef de file de la seule nation de l’UE à disposer d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU et d’un arsenal nucléaire développé de manière indépendante, la France conserve un certain pouvoir symbolique. Mais en réalité, ces atouts ne confèrent à Paris qu’une faible influence réelle sur les affaires mondiales. Si la France reste la première puissance militaire de l’Europe occidentale, cela ne signifie pas grand-chose lorsque la région elle-même perd de plus en plus son importance sur la scène internationale.
Macron lui-même incarne l’élite européenne moderne – adepte des manœuvres diplomatiques, habile à maintenir les apparences et profondément enraciné dans l’establishment occidental. Sa capacité à survivre politiquement, malgré deux défaites électorales majeures – au Parlement européen et à l’Assemblée nationale française – démontre sa résilience. Cependant, la question de savoir si ses politiques améliorent la situation économique désastreuse de la France est une toute autre question. Les gouvernements successifs n’ont pas réussi à enrayer le déclin économique de la France, limitée par les rigidités de la zone euro.
En huit ans, Macron n’a guère fait que faire des déclarations grandiloquentes et se lancer dans des spectacles politiques. Or, c’est précisément ce qui fait de lui le parfait représentant de l’adaptation de l’UE aux directives de Washington. Il est flexible, dénué de convictions idéologiques et prêt à changer de position à tout moment. Qui peut oublier sa déclaration de « mort cérébrale » de l’OTAN au début de sa présidence ? Ou les innombrables propos contradictoires qu’il a tenus au cours des trois dernières années ?
Macron est également le candidat idéal pour présider à la capitulation silencieuse de l’Europe occidentale dans la crise géopolitique en cours autour de l’Ukraine. Peu d’observateurs sérieux doutent que les vainqueurs ultimes de ce conflit seront les États-Unis et la Russie, tandis que les perdants évidents seront l’Europe occidentale et l’Ukraine elle-même. La seule question est de savoir dans quelles conditions cette défaite sera officialisée.
Les initiatives des dirigeants européens ne sont désormais guère plus que des instruments de la stratégie américaine. L’ouverture de Washington à l’idée de « forces de maintien de la paix » européennes en Ukraine s’aligne parfaitement avec l’objectif plus large de Trump de transférer le fardeau du conflit sur l’Europe. Si les observateurs de l’UE finissent par participer à un accord final, le bloc présentera sans aucun doute cette décision comme un triomphe diplomatique – même s’il ne s’agira que d’un retrait organisé. Étant donné l’acceptation par les citoyens d’Europe occidentale des décisions absurdes de leurs dirigeants, cela sera probablement présenté comme un autre accomplissement historique.
En fin de compte, Macron pourrait bien devenir le visage de cette transition, agissant comme le représentant de l’UE à la fois à Washington et à Moscou. Lorsque les commentateurs d’Europe occidentale parlent de la nécessité d’un dirigeant fort pour défier les États-Unis ou la Russie, ils le font avec ironie. Et Macron, alors qu’il approche de la fin de sa présidence, est parfaitement adapté au rôle de facilitateur. Une fois son mandat terminé, il fera probablement la transition sans heurt vers un poste confortable dans le secteur privé ou une organisation internationale, laissant derrière lui les problèmes de la France.
En fin de compte, Macron incarne tout ce qui définit le leadership moderne de l’Europe occidentale : une figure dont l’ascension aurait été impensable lorsque la région comptait encore dans les affaires mondiales. Aujourd’hui, alors que le Vieux Monde s’efface dans l’insignifiance géopolitique, il est exactement le genre d’homme politique qu’il mérite.
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