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768• Toujours sur le front après le lancement de “la guerre des tarifs”, Washington a saisi au bond la balle lancée par le très-intelligent Macron sur la constitution d’une Europe transformée en machine anti-investissements aux USA. • Trump et Vance n’ont trouvé meilleure riposte qu’une relance furieuse de la toute fraîche affaire Le Pen pour clouer Macron au pilori. • Marine devient ainsi l’inattendue héroïne de la guerre transatlantique, une sorte de Navalny (éventuellement Jeanne d’Arc) de l’Europe dont les USA dénonce avec ferveur le traitement inhumain.
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Dans cette étrange bataille en cours entre les États-Unis et l’Europe, où la querelle ukrainienne est brusquement renforcée par l’énorme “guerre des tarifs” lancée par Trump comme instrument à multiples effets dans on ne sait quel sens, sinon qu’il s’agit de la mesure qui liquide opérationnellement la globalisation, le cas de Marine Le Pen est venu prendre une place tout à fait inattendue.
Tout cela se place au lendemain de la nième sortie dans tous les sens du président Macron pour tenter d’exister à hauteur de sa rêverie-‘Fantasy’ où Lui devient le Napoléon-moderniste devenu le Grand Chef divin de l’Europe. Les populistes-trumpistes ont aussitôt cherché un angle de riposte tout frais dans l’actualité, et ils ont évidemment mobilisé Marine Le Pen comme victime du pouvoir dictatorial gauchiste de l’axe Bruxelles-Paris. Ainsi avons-nous eu hier une riposte simultanée des deux premiers chefs de l’exécutif des États-Unis, le président et son vice-président.
• Trump a sorti aussitôt son arme habituelle en diffusant un deuxième long message en faveur de Le Pen sur son site ‘Truth Social’, jeudi soir (vendredi matin pour nous). Voici le message complet de Trump, («Trump à la France : Libérez Le Pen »), écrit dans son style emphatique habituel, semé de majuscules et évoquant des faits très imparfaitement décrit, mais liant le tout au président Macron et à sa toute récente sottise d’étudiant en guindaille et bière au poing, du type : “l’Europe doit se réunir et décider solidairement de cesser d’investir aux USA” :
« La “chasse aux sorcières” contre Marine Le Pen est un autre exemple des gauchistes européens utilisant la ‘guerre de la Loi’ [Warfare] pour interdire la Liberté de Parole, et pour censurer leurs Opposants Politiques, cette fois jusqu’à condamner cette Opposante à la prison. C’est la même tactique dont j’ai été victime de la part de Lunatiques et de Losers...Je ne connais pas Marine Le Pen mais j’apprécie grandement combien elle a travaillé dur pendant de nombreuses années. Elle a subi des revers mais n’en a pas moins persévéré, et maintenant, alors qu’elle approche d’une Grande Victoire, ils l’attaquent à partir d’une accusation mineure dont elle-même n’a probablement rien su... C’est terriblement mauvais pour la France, et pour le Grand Peuple de France, de quelque tendance qu’il soit. LIBEREZ MARINE LE PEN. »
• Parallèlement paraissait une interview du vice-président JD Vance à la chaîne télévisée ‘Newsmax’. Les principaux extraits nous confirment que l’essentiel des thèmes envisagés concerne l’Europe, et là aussi nous retrouvons notre sujet désormais favori dans la direction US lorsqu’il s’agit des relations avec l’Europe.
« Le vice-président américain J.D. Vance a pris pour cible les dirigeants de l'UE, avertissant que la plus grande menace pour l'Union européenne ne vient pas de puissances extérieures comme la Russie ou la Chine, mais de défaillances de ses politiques internes.
» Lors d'un entretien accordé jeudi à Rob Schmitt de Newsmax, Vance a exprimé ses inquiétudes quant à l'approche de l'Europe en matière de migration, de dépenses de défense et de traitement de l'opposition politique. [...]
» Il a également affirmé que l'orientation politique de l'Europe s'écartait des normes démocratiques, notamment en ce qui concerne le traitement des figures de l'opposition. “Le discours en Europe ne correspond tout simplement pas à la réalité”, a déclaré Vance. “Et ils essaient désormais d'exclure les candidats à la présidentielle et les dirigeants politiques des urnes”.
» Évoquant la candidate à la présidentielle française Marine de Le Pen, Vance a suggéré que l'establishment européen la ciblait injustement. “[Elle] est en tête dans certains sondages, et [elle est impliquée] pour une accusation incroyablement mineure qui, soit dit en passant, implique son équipe, et non Marine Le Pen elle-même. Ils essaient de la jeter en prison et de la rayer des urnes. Écoutez, ce n'est pas de la démocratie”.
» Tout en réaffirmant l'alliance des États-Unis avec l'Europe, Vance s'est dit préoccupé par le fait que les problèmes internes persistants pourraient compromettre la relation transatlantique.“Nous voulons que nos amis partagent nos valeurs. Et les Européens sont nos amis à 100%. Mais cette relation, nous le disons simplement, va être mise à rude épreuve s'ils persistent à vouloir emprisonner les leaders de l'opposition et à ne plus respecter leurs propres frontières”. »
On dira justement : rien de bien nouveau dans le discours de Vance, depuis son discours de Munich de février. Certes, et là est bien l’essentiel : qu’il n’y ait rien de plus important qu’un tel sujet déjà traité dans au moulins deux discours importants de Vance, qu’un sujet comme les politiques intérieures de liberté et de respect des normes politiques soit au centre du discours, que ce discours soit inclus dans une interview paraissant en même temps que les messages de Trump, – et cela, bien entendu, avec Marine Le Pen comme vedette.
On devrait penser que ces questions font désormais partie, sinon occupent la place centrale de la “guerre de communication” qui s’est ouverte entre les USA et l’Europé depuis les débuts de l’administration Trump. Effectivement, malgré les différences énormes des deux cas et les oppositions presque inverses des camps de la bataille, le cas Le Pen commence à occuper la place qu’occupa le cas Navalny entre l’Occident-compulsif (USA et Europe unies) et la Russie. C’est-à-dire que sa condamnation devient un événement politique essentiel, non seulement de la politique intérieure française, mais des relations internationales et transatlantiques en pleine crise.
On doit même en faire un facteur central de l’opération économico-commerciale énorme lancée par Trump il y a trois jours. C’est certainement en bonne partie parce que Macron a émis cette suggestion si brillante de ralliement de l’Europe (sous sa direction, bien entendu) à une initiative tendant à réduire sinon éliminer les investissements européens aux USA pour riposter à l’initiative de Trump. S’il y a un sujet et un acte que l’actuel président et roi incontesté du business à ses propres yeux ne supporte pas, c’est une interférence dans son action économique. Si, en plus, elle vient d’une sorte de minus, en taille et en envergure, de la trempe d’un Macron, la colère de Trump n’a plus de limites.
Aussitôt sur le coup, Trump reprend crescendo-fortissimo l’affaire Le Pen qui vient à point de toutes les façons. L’éventuelle possible ex-candidate, rescapée des babillages parisiens sur “l’Etat de droit”, sur “l’indépendance de la justice”, sur “le fascisme ne passera pas”, – devient ainsi une héroïne transatlantique, une sorte de Jeanne d’Arc du “monde libre” façon Trump... “Navalny + Jeanne d’Arc”, on cherche et l’on ne peut faire mieux.
Entre ces facéties soi-disant ironiques et à peine déplacées dans une crise menée par un Trump qui ne plaisante pas du tout en éructant des lieux communs bombastiques, on constate effectivement la place importante que Le Pen tend à prendre dans les affaires internationales et dans la bataille de la globalisation. Là aussi, le RN et Le Pen se retrouvent à contre-courant et à contrepied de leurs diverses capitulations et arrangements assez piètres et tant dénoncés par les critiques de son camp : ayant épousé la doctrine libérale dominante et donc la globalisation, Marine Le Pen devient l’héroïne-martyre portée en étendard du colosse qui entend liquider la doctrine libérale et la globalisation... A deux jours de la croisée de la “guerre des tarifs” tueuse de globalisation, cette généralisation et cette amplitude formidables où se trouve emportée l’affaire Le Pen que nous expliquions de cette façon en guise de poisson d’avril :
« La transformation de la justice en instrument des guerres intestines est assez récente d’une façon aussi visible et flagrante. Elle correspond bien évidemment à la radicalisation des extrêmes politiques dans les deux partis, – d’abord chez les démocrates, d’une façon étourdissante avec le wokenisme, plus récemment avec une riposte en train de se mettre en place par la droite populiste et trumpiste. De ce point de vue, la proximité est très grande entre Français et Américains, du fait de la présence de courants gauchistes extrêmement agressifs dans les deux pays. Il s’agit d’une spécificité somme toute classique entre France et USA, qui ont toujours eu des liens très particuliers, d’antagonismes furieux et de proximités étonnantes. Dans le cas présent, dans les deux cas exposés, il ne fait aucun doute, quels que soient les sentiments des acteurs, que l'on se trouve dans un affrontement entre globalistes-modernistes (les juges) et souverainistes-traditionnalistes. Les personnalités prises à partie par cette justice monstrueuse représentent effectivement la tendance de la résistance, – la force des choses dicte sa loi, hors des juges inutiles et factieux imposteurs. »
Mis en ligne le 5 avril 2025 à 17H00