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Tout-à-fait! Un petit mot sur "données"...

Article lié : DIALOGUES-III : La “thèse” de La grâce de l’Histoire

Christian Steiner

  07/04/2010

« Vous dites qu’il faut une crise personnelle pour que la psychologie rejette le poison qu’elle a absorbé et accepte d’autres données, celles qui conduiront à une pensée de résistance. Est-ce bien là le sens de votre propos ? ». C’est complètement le sens des mes propos. Et merci d’avoir rendu encore plus explicite la différence entre psychologie et pensée, distinction cruciale.

Le seul point sur lequel je m’interrogeais, que je cherchais à rendre moins confus dans mon esprit, plus concret, c’est ce qui se cache sous le terme de « donnée » –  ce qui doit conduire la psychologie ouverte « à une pensée de résistance ». Mon premier mouvement – mais ce fut absolument un reste du poison du système – a été de le comprendre dans son acceptation étroite du terme, celui de données d’informations objectives, ou à visée objective ou encore critique, sur le système (style analyse journalistique, historique etc. etc.). Et je voyais mal comment cela pouvait s’articuler à cette crise personnelle, qui est transformation du regard sur nous-mêmes, sur notre rapport à autrui et au monde (et à ce système qui nous coupe du monde).

Je distinguerais ainsi deux choses, deux dimensions (au moins) au terme de « données », qui correspondent aussi à une dynamique – mais je parle une fois de plus de mon expérience personnelle et de ce que je peux observer autour de moi, c’est-à-dire des gens de ma génération, celle de la quarantaine aujourd’hui :

1. les « données » comme informations et analyses critiques sur le système. Ils ne peuvent à eux seuls nous donner « l’esprit de résistance », ils ne peuvent à eux seuls nous donner la force de se placer en résistance (comment le faire, alors qu’on a une carrière, une famille, des responsabilités professionnelles, toutes ces choses à assumer ?). Par contre, couplé aux injonctions de plus en plus forte du système, ils peuvent nous conduire à un état de malaise diffus et grandissant (dans lequel j’étais personnellement depuis quelque part entre 1998-2002), malaise diffus qui peut aller grandissant jusqu’à nous conduire inconsciemment dans des situations ne pouvant que déboucher sur une crise personnelle (une crise « à l’insu de notre plein gré » si l’on veut), cette crise existentielle dont vous dites bien qu’elle peut prendre bien des formes.

En ce sens, les réseaux d’information alternatifs dont vous parler dans « …L’outil suprême de la révolte générale » sont absolument nécessaires, pour attaquer le système et, sur le plan des individus, pour augmenter la tension, aggraver le malaise, commencer à percevoir le système non pas encore pour ce qu’il est (« spirituellement » parlant) mais dans ses actions (je dois dire que là encore, cela a été mon cas ; et je vous suis absolument quand dans le même article vous parler de leur importance dans le domaine journalistique certes, mais aussi pour les écrivains, les historiens et les scientifiques). Nécessaire mais insuffisant ; pour cela il faut la contrainte de la crise personnelle, pour « lâcher prise », pour que la psychologie se retourne.

2. les « données » ou éléments qui nous permettent de résoudre cette crise (ces données qu’accepte la psychologie en train de « rejete[r] le poison qu’elle a absorbé »), et sur lesquelles poussent la pensée de résistance, qui sont d’une autre nature, qualitativement bien plus élevées et plus rares. Ce sont les éléments qui nous permettent de passer cette crise, cette épreuve, de retrouver une nouvelle lucidité, de (re)trouver le sens de ce qui fait sens, le sens de ce qui vaut la peine, de ce dans quoi on veut s’inscrire, de ce que l’on veut transmettre, former, donner, de ce pour quoi on est prêt à se battre – parce que c’est au-delà du vital, parce que c’est plus grand que nous, parce que ça nous grandit et nous permet de vivre debout.

Ici je reprends les mots de Michel Onfray dans Métaphysique des ruines pour décrire cette épreuve : « la catharsis, la purgation, la purification, qu’il faut entendre dans un sens sotériologique païen. On se purifie lorsque l’on passe outre, que l’on va ailleurs, plus loin que là où croupit ce dont il faut se purifier. » Une catharsis qui nous permet donc de passer outre (le système), d’aller au-delà des blocages que créait et dans lequel nous maintenait le jeu antagoniste des forces du système… La psychologie y est retournée dans tous les sens, chamboulée, puis « nettoyée et expulse le poison »… Résultat : « l’esprit qui s’est recouvré lui-même ».

(Vous aurez reconnu sur la fin votre propre expression, ainsi que celle de l’auteur d’Ecce homo)

Que sont concrètement ces « données » ou éléments qui permettent de passer à travers cette crise existentielle ?

Elles sont aussi nombreuses, singulières, diverses et personnelles qu’il y a de personnes et d’existences, évidemment. Oserais-je toutefois avancer qu’il semble y avoir quelques récurrences :

i. les éléments personnels, les éléments de notre mémoire, de notre vécu, qu’il s’agit de recomposer, de réarticuler ; sur lesquelles il s’agit de créer une nouvelle perspective, un regard autre (Boris Cyrulnik dans son Autobiographie d’un épouvantail, parle de recomposition de la mémoire pour surmonter le trauma) ;

ii. ce peut être de nouveaux éléments personnels, jusque là caché, qu’il s’agit d’aller chercher dans l’histoire des nos proches, de découvrir puis d’intégrer ;

iii. mais dans ce travail éminemment et nécessairement solitaire, on peut compter sur des viatiques, des aides, des éléments qui sont présents, qui nous sont fournis par la culture, et par la haute culture : grands récits traditionnels, récits épiques, livres « écrits avec le sang », dialogues avec les grands auteurs, la musique et les diverses traditions de chants, et j’en passe, que je ne connais pas mais qui existent ; bref : tout ce qui est inscrit dans la durée de la pâte humaine et qui nous permet d’être en contact « spirituel » (mais aussi quasi « charnel », « viscéral », comme ce sentiment de fraternité) avec des personnes qui sont « passées par là » (ou pire) et qui ont donné forme à ceci et qui se transmet depuis lors pour nous aider à notre tour. Bref, la culture, quoi, en ce qu’elle permet de se structurer et de se restructurer, de se sauver et de se dépasser.

En ce sens, ces « données »-ci ne sont pas qualitativement à mettre sur le même plan que les premières, lesquelles relèvent plus de l’analyse critique et de l’activité rationnelle (étant entendu que je ne hiérarchise pas les deux choses, les deux étant complémentaires et nécessaires).

En élargissant donc le terme de « données » à ce qui relève des « données du problème », à ce qui nous est donné, à ce qui nous est imposé ou à ce dont on s’empare, je transcrirais, au niveau psychologique, le combat que vous identifier dans notre civilisation en disant que notre psychologie est :

- agressée par les « données » déstructurées du système, données multiformes, multidimensionnelles, qui peuvent sembler s’adresser dans certain cas à l’intellect, qui s’adressent dans tous les cas à nos sens, nos émotions, nos désirs, flattent nos « passions tristes », nos pulsions etc. etc. – pour rire, on pourrait parler de DDM : « Données de Destruction Massive » :-)

(… étant entendu, je vous suis là aussi, que le système force effectivement la psychologie a être grande ouverte à ses « données » pour instiller son influence nauséabonde, rendant l’air intérieur irrespirable, enfumé, jusqu’au moment où la psychologie se décide d’aller respirer un grand coup d’air frais à travers ces ouvertures…)

- sauvée par les « données » structurées et structurantes, ces éléments inscrits dans la durée de l’expérience humaine, dans la durée culturelle, par ce que les êtres humains ont toujours estimé valoir la peine d’être transmis, parce que précieux (la pensée tragique, la pensée critique, la pensée méditative etc. etc.), parce que sacrés dans le sens de ce qui peut sauver, ce qui pousse à se dépasser (même à dépasser le nihilisme) etc. A la sortie de la crise personnelle, on devient plus imperméable aux premières, type fumisteries, et beaucoup plus sensibles aux secondes… Puisse-t-il en être ainsi collectivement

Je suis bien conscient que je suis un peu au delà du « simple » débat sur la résistance au système, que je parle de quelque chose qui n’est pas seulement un esprit de résistance au système mais un mouvement de libération de l’esprit (mais l’un peut-il aller sans l’autre ? Et au-delà de ce système, il faut bien savoir pour quoi, positivement, on se bat ; à quoi l’on dit oui et pas seulement à quoi l’on dit non). Mais c’est par besoin de comprendre ce qui m’est arrivé, ce qui nous arrive ; et cela me rend encore plus clair ce que vous dites de manière si concentrée, si ramassée…

N.B. Je le répète, ce texte, ce genre de crise personnelle vaut pour les gens déjà installés dans le système. C’est certainement différent pour la jeunesse, les jeunes gens qui sont encore dans la phase naturelle de rébellion face à la société, mais sans savoir peut être exactement pourquoi (pour quoi d’autre, ce qui ne s’apprend qu’avec le temps, les épreuves) – là encore je parle en général : tous les cas individuels sont différents, et certains à vingt ans ont déjà découvert ce que d’autres n’auront jamais le besoin de découvrir… Et il en va à l’évidence encore différemment des plus jeunes, des adolescents qui sont en plein dans la constitution de leur personnalité. Mais dans les deux cas, adolescents et jeunes gens, leur formidable force est certainement dans leur formidable énergie, leur envie de futur, leur imagination, leur vitalité, et cela nous réservera bien des surprises…

Me trompe-je si je résume ainsi :

L’outil suprême de la révolte est donné par les réseaux d’information alternatif (votre interview «…L’outil suprême de la révolte générale»)

L’esprit de la révolte, ou l’esprit de résistance et d’affirmation, est la culture (ou le besoin de culture – votre deuxième partie de La grâce de l’Histoire : ce qui poussaient les artistes dissidents de l’américanisme à Paris – faut-il y voir aussi ce qu’il y a de sous-jacent, en partie, pour la meilleure partie, à Tea Party ?)

Et le déclencheur est la crise personnelle…

P.S : Merci d’avoir répondu. Ne prenez pas la peine de le refaire à cette trop longue bafouille. Je continuerai ce dialogue en vous lisant.

Le monde sans la Russie ?

Article lié : Un facteur important: l’antagonisme furieux BHO-Bibi

Francis Lambert

  07/04/2010

Le monde sans la Russie ? à quoi conduit la myopie politique

Evgueni Primakov, Economica, 2009, Préface d’Hubert Védrine

O. Kempf
http://www.egeablog.net/dotclear/index.php?post/2010/04/06/Le-monde-sans-la-Russie-d-E.-Primakov

Réponse à Christian Steiner

Article lié : DIALOGUES-III : La “thèse” de La grâce de l’Histoire

Philippe Grasset

  07/04/2010

Merci, monsieur Steiner pour votre intervention. J’ai un peu hésité à vous répondre, étant donné que, comme dans le cas de votre intervention à propos du texte de Jean-Paul Baquiast, et comme sa réponse le disait, les questions que vous soulevez seront traitées dans les “dialogues” et dans les deux bouquins en cause.

Néanmoins, comme votre intervention est très précise, comme le point abordé lui-même, je ne vais pas vous laisser sans tenter de vous répondre. Je propose quelques précisions point par point, effectivement, selon ma méthode, plus intuitive que scientifique.

• Pour moi, la psychologie est l’outil de la pensée. Elle n’est pas elle-même dépositaire de pensée. L’attaque du système de communication contre elle est une sorte de “lavage de la psychologie”. (Noami Klein parle, dans son livre “La Stratégie du choc”, de ces tortures, notamment de la CIA, destinée à réduire la psychologie du sujet à une “page blanche” sur laquelle pourront être inscrite de nouvelles données.) Autrement dit, il n’y a pas appropriation et formatage de la psychologie, mais ouverture forcée pour la rendre disponible et ouverte, pour qu’elle accepte les données favorables au système… Notez que cela implique une croyance (presque religieuse) du système que ses propres données, qu’il estime lui être favorables, seront celles que retiendra la psychologie ainsi forcée et “lavée”. On retrouve cette attitude “religieuse” chez les tenants du libre-échange, chez les “neocons”, chez les américanistes bien entendu. (Le “lavage de la psychologie” ne doit pas être confondu, selon moi, au mal nommé “lavage du cerveau” pratiqué par les communistes. Il s’agissait en fait d’un “reformatage de la pensée”, par la répétition de slogans, discours, etc., ayant effectivement un sens. Les tortures de la CIA n’emploient que des méthodes de “choc”, notamment sensoriel, sans aucun sens, qui détruisent le contenu de la psychologie sans rien mettre à la place.)

• …Pour autant, effectivement, cette action automatique du système de la communication, puisqu’elle “ouvre” la psychologie, la tient ouverte à d’autres données. C’est là qu’est le nœud de l’affaire, et peut-être l’effet pervers de la méthode.

• Vous dites qu’il faut une crise personnelle pour que la psychologie rejette le poison qu’elle a absorbé et accepte d’autres données, celles qui conduiront à une pensée de résistance. Est-ce bien là le sens de votre propos ? Dans tous les cas, j’y souscris et c’est bien mon idée. Je pense simplement que cette crise personnelle, qui peut prendre des formes très diverses, qui est nécessairement une très grande souffrance, est elle-même causée par la crise extérieure du système, qui amène à des situations complètement différentes de celles qu’on avait envisagées lorsqu’on acceptait le système, à des pressions insupportables pour la psychologie. Je crois qu’il y a une violence de l’information de la crise, multipliée par la puissance du système de communication, qui, aujourd’hui, suscite des crises de psychologies personnelles et font naître (chez certains) l’ “esprit de résistance”. L’essentiel est bien dans ce rapport entre l’intérieur (la psychologie) et l’extérieur (la pression sur la psychologie).

• Ce n’est d’ailleurs pas nouveau. C’est un développement névrotique identifié. Voyez les explications autour du docteur Beard, qui identifia la neurasthénie en 1880, comme “le mal américain”, causé par le développement de la civilisation américaniste. (Notre lien : http://www.dedefensa.org/article-une_lecture_revelatrice_sur_la_crise_de_la_psychologie_americaine_les_tyrannies_de_l_ideal_le_mal_americain_et_ses_remedes__14_06_2004.html). « «La nervosité américaine est le produit de la civilisation américaine ... Notre immunité contre la nervosité et les maladies nerveuses, nous l’avons sacrifiée à la civilisation. En effet, nous ne pouvons pas avoir la civilisation et tout le reste ; dans notre marche en avant, nous perdons de vue, et perdons en effet, la région que nous avons traversée.» Cette “civilisation” dont parle Beard, c’est le développement de la puissance du système du technologisme, secondé par le système de la communication, aujourd’hui parvenu à un paroxysme.

• Pour moi, la crise du système est un automatisme qui entraînera de plus en plus de ces retournements psychologiques, avec tous les risques afférents de malaises et de souffrances psychologiques, jusqu’au risque de la folie. La crise du système est liée à sa puissance. Plus le système est puissant, plus sa pression est forte, plus il se développe en une crise, plus il se découvre tel qu’il est, plus il bouscule les psychologies qu’il a conquises, plus il met ses propres conquêtes psychologiques en péril. Sa faiblesse mortelle est dans sa force mortelle. 

Comment vient l'esprit de résistance...

Article lié : DIALOGUES-III : La “thèse” de La grâce de l’Histoire

Christian Steiner

  06/04/2010

Tout d’abord merci pour votre initiative de dialogue et d’ouverture, qui me semble ne pouvoir être que salutaire aujourd’hui, dans une perspective de réflexion et de salut commun (dans la perspective aussi de ce qu’aucun ne nommait « l’intellectuel collectif »? – et dont le dialogue entre Philippe Grasset et Jean-Paul Baquiast est la base d’un noyau possible).

Merci pour le texte de P.G., où il prend une fois encore la peine de présenter sa « thèse », son intuition, sa démarche de manière rigoureuse et claire, élégante et plaisante (malgré la gravité du sujet – ou à cause ?) et, je trouve, entraînante.

Mais au but. Bien que vous suivant sur l’essentiel, j’ai néanmoins envie de réagir à la logique de l’avant avant dernier paragraphe (« Mais le processus est à double sens… »).

La question est :

Comment la psychologie pervertie et/ou influencée par le système, comment cette psychologie que vous décrivez – et j’y souscrit – comme touchée dans son intégrité même jusqu’à ce que « la pensée favorable au système (…) lui apparaisse à lui-même, comme un produit naturel de sa propre réflexion entièrement autonome et nourrie à une connaissance qu’il maîtrise », comment cette psychologie-là, touchée dans ce qui fait sa perception, ce qui fait sa personnalité, peut-elle « retrouver les composantes de ce qui peut devenir une pensée de résistance et de révolte » ?

Votre argument est que, perméable au formidable flux d’information d’aujourd’hui, elle peut en arriver au constat qu’elle est sous influence et agressée. Mais cela répond-t-il à la question de savoir comment une psychologie sous influence en arrive soudain à se former un jugement l’autorisant à se percevoir comme sous influence et, plus crucial encore, à ressentir la nécessité de réagir à cela ? (l’interpréter comme une agression insupportable) ?

Je pense – et là j’en appellerai aussi à ma subjectivité, à mon expérience personnelle, à l’observation de mon vécu et de celui de mes proches –, que pour passer du constat de cette influence, de « cette usurpation » de notre psychologie par le système, à « la pensée de résistance » (et l’action, et le comportement qui en sont la preuve), il faut un choc profond, un choc psychologique (affectif, existentiel), quelque chose comme une crise existentielle, une crise tellement grave qu’elle menace l’individu « dans sa substance » pour le dire rapidement, dans son identité, dans son image de soi, dans ce qui a fait sa vie jusqu’alors, et l’oblige à parer au plus pressé, écarter l’accessoire et aller directement à l’essentiel, au vital, et trancher.

Il serait donc pour moi moins question de constat que de choc, de crise personnelle forçant à la guérison, au sauvetage de soi, et de la recomposition du regard en profondeur que cela nécessite (donc de recomposition des priorités). Moins question d’accès à l’information ou de constat qu’à ce que nous faisons avec ce dont nous disposons (constat, expérience) et pour quoi, dans quel but, à quel fin…

interview dans Le Point du SG de l'OTAN

Article lié : La “victoire historique” de BHO, ou Washington contre les Etats de l'Union

jean vinatier

  06/04/2010

Il y a des hommes...

Article lié : Petraeus, “robot providentiel”

patrice G

  06/04/2010

... d’une certaine trempe, qui se couronnent eux-mêmes empereur. ‘vanity fair’ ou pas.

“La scène se déroule le 2 décembre 1804, dans la cathédrale Notre-Dame de Paris. Or les sacres des rois de France avaient lieu habituellement à la cathédrale de Reims. Au moment où le pape allait prendre la couronne, dite de Charlemagne, sur l’autel, Napoléon la saisit et se la mit sur la tête.”

Comment vient l'esprit de résistance...

Article lié : DIALOGUES-III : thèse de La Grâce de l’Histoire

Christian Steiner

  04/04/2010

Tout d’abord merci pour votre initiative de dialogue et d’ouverture, qui me semble ne pouvoir être que salutaire aujourd’hui, dans une perspective de réflexion et de salut commun (dans la perspective aussi de ce qu’aucun ne nommait « l’intellectuel collectif »? – et dont le dialogue entre Philippe Grasset et Jean-Paul Baquiast est la base d’un noyau possible).

Merci pour le texte de P.G., où il prend une fois encore la peine de présenter sa « thèse », son intuition, sa démarche de manière rigoureuse et claire, élégante et plaisante (malgré la gravité du sujet – ou à cause ?) et, je trouve, entraînante.

Mais au but. Bien que vous suivant sur l’essentiel, j’ai néanmoins envie de réagir à la logique de l’avant avant dernier paragraphe (« Mais le processus est à double sens… »).

La question est :

Comment la psychologie pervertie et/ou influencée par le système, comment cette psychologie que vous décrivez – et j’y souscrit – comme touchée dans son intégrité même jusqu’à ce que « la pensée favorable au système (…)  lui apparaisse à lui-même, comme un produit naturel de sa propre réflexion entièrement autonome et nourrie à une connaissance qu’il maîtrise », comment cette psychologie-là, touchée dans ce qui fait sa perception, ce qui fait sa personnalité, peut-elle « retrouver les composantes de ce qui peut devenir une pensée de résistance et de révolte » ?

Votre argument est que, perméable au formidable flux d’information d’aujourd’hui, elle peut en arriver au constat qu’elle est sous influence et agressée. Mais cela répond-t-il à la question de savoir comment une psychologie sous influence en arrive soudain à se former un jugement l’autorisant à se percevoir comme sous influence et, plus crucial encore, à ressentir la nécessité de réagir à cela ? (l’interpréter comme une agression insupportable) ?

Je pense – et là j’en appellerai aussi à ma subjectivité, à mon expérience personnelle, à l’observation de mon vécu et de celui de mes proches –, que pour passer du constat de cette influence, de « cette usurpation » de notre psychologie par le système, à « la pensée de résistance » (et l’action, et le comportement qui en sont la preuve), il faut un choc profond, un choc psychologique (affectif, existentiel), quelque chose comme une crise existentielle, une crise tellement grave qu’elle menace l’individu « dans sa substance » pour le dire rapidement, dans son identité, dans son image de soi, dans ce qui a fait sa vie jusqu’alors, et l’oblige à parer au plus pressé, écarter l’accessoire et aller directement à l’essentiel, au vital, et trancher.

Il serait donc pour moi moins question de constat que de choc, de crise personnelle forçant à la guérison, au sauvetage de soi, et de la recomposition du regard en profondeur que cela nécessite (donc de recomposition des priorités). Moins question d’accès à l’information ou de constat qu’à ce que nous faisons avec ce dont nous disposons (constat, expérience) et pour quoi, dans quel but, à quel fin…

“Scénette” ou “Saynète”?

Article lié : Le tango sino-BHO

Philippe Grasset

  03/04/2010

Merci de votre remarque et de votre souci de notre crédibilité mais nous restons sur notre “scénette”. Nous ne voudrions surtout pas verser dans le purisme, d’autant que le propos est ici plutôt de dérision, et le mot employé pour sa sonorité plus que pour le sens par ailleurs évident. Il reste que le mot “scénette” est d’emploi, même s’il n’est pas nécessairement académique, et que son sens n’est pas absurde ni déplacé dans le contexte. Voyez Wikidot.com (http://sagas.wikidot.com/fables), à l’article “les Fables”, indiqué dans «les dérivatifs les plus connus» du genre: «Scénette : Scène concise illustrant un récit ou une histoire.»

simple correction

Article lié : Le tango sino-BHO

Jean-Jacques JUGIE

  03/04/2010

Saynète SVP. De tels “lapsus” nuisent à votre crédibilité, quoi que vous en pensiez.

"China's big goal in the 21st century is to become world number one

Article lié : Le tango sino-BHO

yodalf

  02/04/2010

Un livre de stratégie du général Liu Mingfu, “The China Dream”, remet les choses en place:
“If China in the 21st century cannot become world number one, cannot become the top power, then inevitably it will become a straggler that is cast aside,” writes Liu, a professor at the elite National Defense University, which trains rising officers.

Je continue à ne pas douter ( mes pauvres commentaires d’il y a quelques mois…) que le système américaniste peut retrouver un fonctionnement grâce à la fabrication d’un ennemi. Je sais que ce site observe les marques de son effondrement, j’y souscris largement. Pourtant, ici l’on voit que cette fabrication n’a peut être pas besoin d’être faite artificiellement aux E-U,  les Forces armées chinoises peuvent s’en charger elles mêmes. L’apparition d’un ennemi normal (pas un “axe”, mais un lieu, un régime, avec ses valeurs, lesquelles sont étrangères à celles de E-U) permetttait de rechaper l’occidentalisme, comme un pneu,  et même le Pentagone, voire à refinancer certains avions qui trouveraient enfin une cible correspondant à leur définition!

En effet Reuters complète:
His 303-page book stands out for its boldness even in a recent chorus of strident Chinese voices demanding a hard shove back against Washington over trade, Tibet, human rights, and arms sales to Taiwan, the self-ruled island Beijing claims as its own.

“As long as China seeks to rise to become world number one ... then even if China is even more capitalist than the U.S., the U.S. will still be determined to contain it,” writes Liu.

Rivalry between the two powers is a “competition to be the leading country, a conflict over who rises and falls to dominate the world,” says Liu. “To save itself, to save the world, China must prepare to become the (world’s) helmsman.”
( oui: dominer le monde… )

Pendant que cette nouvelle guerre froide est en train de s’inventer, il est clair que le business continue, bien que la Chine se débarrasse de ses Bons du Trésor discrètement et à doses pharmaceutiques. En 1923, les E-U sauvaient l’Allemagne à coup de dollars, et les Allemands ont connu une période positive, de 1923 à 1930.  Et au bout de trois ans…l’Allemagne n’avait plus le même régime.

Aujourd’hui l’économie chinoise est en surchauffe, le salaire minimum a été augmenté de 21%, on parle de la “bulle” la plus importante depuis les Réformes, certains économistes parlent même de raison objectives de dévaluer la monnaie, bein que ce soit à contre-courant de la “common wisdom”.  Les Chinois garderont-ils la même orientation encore 10 ans? ou même 3 ans? Et si les Américains répondaient aux perspectives stratégiques de Liu par des considérations symétriques chez leurs propres généraux?

le détail du raisonnememt du stratège chinois:
http://www.reuters.com/article/idUSTRE6200P620100301

Ca fait mal ...

Article lié : La France, l’OTAN et les USA: des voies sans divertissement

Bogiidar

  02/04/2010

+ les jours passent & + ça fait mal ...

Il n’y a rien d’autre à rajouter

:-(

Bonnes questions

Article lié : DIALOGUES-II : La thèse défendue dans Le paradoxe du Sapiens

Jean-Paul Baquiast

  02/04/2010

Bonnes questions de Christian Steiner. J’espère que dans la suite des dialogues avec Philippe Grasset, je pourrai apporter des réponses. Le livre je pense le fait déjà.

Le pouvoir central s'attaque à la contestation intérieure

Article lié : Liquidation des diverses “special relationships

Schlachthof 5

  01/04/2010

Large FBI, Homeland Security Operation Targets Militias in Michigan, Indiana, Ohio

http://www.infowars.com/large-fbi-homeland-security-operation-targets-militias-in-michigan-indiana-ohio/

Analogies biologiques: méfiance...

Article lié : DIALOGUES-II : La thèse défendue dans Le paradoxe du Sapiens

Christian Steiner

  01/04/2010

Je n’ai pas très bien saisi ce qu’était un système anthropocentrique – si ce n’est, en vrac, que
- c’est « un organisme »
-  c’est « un superorganisme »,
- « constitués d’humains et de technologies »,
- « disposant de l’équivalent d’un cerveau »,
- « doté d’un cerveau capable de prendre des décisions les plus rationnelles possibles »,
- « doté des instruments sensoriels et moteurs »,
- « aussi nombreux (…) que (…) les filières technologiques modernes »,
- qu’il peut prendre la forme « des Etats ou des structures politico-administratives (…) des entreprises ou des structures économico-financière »…

Un ou deux exemples concrets, pour illustrer ces entités hautement abstraites, auraient été les bienvenus !

Mais le texte faisant abondamment référence à la science, notamment aux sciences naturelles et aux sciences de l’ingénieur, je me bornerai à faire quelques remarques générales dans ce domaine, qui m’empêchent de vous suivre dans votre « thèse »

Primo : le superorganisme n’est pas une notion définie biologiquement, ni même scientifiquement. C’est une spéculation d’Edward Wilson, datée, qui a tenté d’explorer la pertinence de l’analogie entre une société d’insectes sociaux – dont il était spécialiste – et un organisme vivant : les termitières et les ruches (ou le groupe d’insectes constituant la termitière ou la ruche) pouvaient-elles être considérées comme des organismes vivants sui generis ? Il se trouve que non : une termitière ne se réplique pas (ni le groupe d’insectes), c’est la reine qui se réplique ; et les propriétés structurelles d’une termitière en particulier (son « phénotype » pour continuer l’analogie) ne se transmettent pas plus, au contraire de ce qui se passe dans le cas de la reproduction d’un organisme vivant. Cette notion est donc restée une image, un concept non opératoire dans le champ des sciences naturelles (les entomologues continuent d’étudier les sociétés de fourmis sans ressentir la nécessité d’introduire ce concept : c’est bien qu’il est superflu, et/ou qu’il ne répond pas à un véritable problème), de même que dans celui des sciences humaines (pas besoin de parler de superorganisme là où le terme de société ou de groupe suffit).

Deuxio : un système, dans l’acceptation cybernétique du terme, qui me semble être celle employée ici, est défini comme un ensemble constitué d’éléments en interaction, capable de répondre à des perturbations extérieures et tout en gardant un équilibre intérieur (en terme de condition de température, de pression, de composition chimique, etc.). Cette notion a été développée originairement en ingénierie pour tous les systèmes « autorégulés » (à l’origine : un canon antiaérien couplé à un radar de poursuite, mais aussi un thermostat etc.). Elle a ensuite été appliquée avec un certain succès par des biologistes tels que Henri Laborit, pour penser un organisme en tant que « système » maintenant un équilibre interne (homéostasie) par le jeu des différentes composantes du système nerveux, circulatoire, etc.

Cette notion de système reste cependant une description éminemment structurelle. Appliqué à un organisme vivant, il permet de décrire les divers organes impliqués dans la réponse comportementale à un stimuli (attaque/approche, fuite/évitement, neutralité). Mais dès lors que des processus historiques entrent en jeu (par exemple : une lionne essayant de chasser un zèbre), on sort de son domaine d’application ; le concept peut certes servir à montrer comment l’un des organismes va se décider à un comportement de fuite et l’autre à un comportement d’attaque, mais ne va absolument rien pouvoir nous dire de l’issue de la chasse. Ce que je veux dire, c’est quand bien même certains processus historiques sont modélisables – par exemple par les programmes « évolutionnistes » qui modélisent la sélection naturelle – il faut « faire tourner les algorithmes » pour connaître une issue possible. Mais ça ne restera qu’une issue possible parmi un grand nombre d’autres. Les processus historiques sont des phénomènes intrinsèquement imprédictibles (météorologie, tectonique des plaques, évolution des êtres vivants, des populations, des écosystèmes, du relief de la Terre à l’échelle de la centaine, du millier, du million d’année). Seuls les objets dépourvus de caractéristiques historiques, c’est-à-dire dont les événements passés n’ont aucune influence sur le comportement que l’on cherche à étudier (typiquement les objets de la physique réductible à des grandeurs physiques   centre de gravité, masse, vitesse, etc.) sont prédictibles dans le cadre de modèles déterministes.

Donc : décrire la chose en terme de système, ce n’avoir que la moitié de la réponse, dès lors que ce qui est en jeu est l’évolution, le processus historique (puisque, si j’ai bien compris, c’est de l’avenir de nos sociétés dont il est finalement question ?)

Tertio : réduire les êtres humains à des « agents » purement égoïstes (fusse à travers leur politique) est une simplification qu’on peut interroger : l’on sait toute l’importance des liens sociaux, des liens affectifs, donc du souci de l’autre, de l’intérêt à l’autre, de l’importance de constituer et de maintenir des sociétés. La vie sociale est notre deuxième milieu vital, celui qui assure notre vie psychique, la constitution et le développement de nos personnalités etc. (notre premier milieu vital étant l’environnement).

Quatro : ne mentionner que deux grands types de causes   biologique et technologique , c’est oublier que dans la conception des systèmes techniques, la dimension idéologique, « onirique », religieuse ou philosophique, bref, la dimension culturelle au sens large, a toute son importance   lire Alain Grass à ce sujet (Le Choix du feu), qui montre combien c’est la vision du monde puritaine (désir d’épuisement du monde par haine du monde) qui a présidé à la constitution et la diffusion de nos mégasystèmes techniques actuels, basés sur la combustion des ressources fossiles – ainsi que du système économique que cela soutient, qui lui aussi à sa façon « consomme » littéralement toutes les ressources naturelles et « humaines »).

Beau lapsus

Article lié : Liquidation des diverses “special relationships

geo

  31/03/2010

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«  Il s’agit d’une politique qui n’est nullement exprimée, nullement conceptualisée d’une façon humaine, mais qui est le produit presque naturel du système en tant que tel (un “système entropotechnique”, dirait Jean-Paul Baquiast). »

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Basquiat dirait Anthropotechnique, mais conservez, je vous en prie, cet intéressant dérivé d’ « entropie ». Il pourra servir, surement.